JP Morgan avoue son incertitude sur les prix du pétrole et du gaz : que faut-il attendre ?

Illustration : JP Morgan avoue son incertitude sur les prix du pétrole et du gaz : que faut-il attendre ?

JP Morgan admet ne plus savoir où va le pétrole

C’est une banque dont les analystes sont parmi les mieux rémunérés du monde pour anticiper les marchés. Pourtant, JP Morgan vient de reconnaître publiquement une chose rare dans ce milieu : elle ne sait plus où vont les prix du pétrole. Cette admission, rapportée par Energy News Beat, résume à elle seule l’état d’un marché pétrolier et gazier qui envoie des signaux contradictoires depuis plusieurs mois.

Pour les ménages belges qui chauffent au mazout, pour les entreprises dont la logistique dépend du diesel, et pour quiconque règle une facture d’énergie, la question n’est pas abstraite. Quand les plus grandes institutions financières mondiales perdent leur boussole, le prix à la pompe et sur la facture de gaz devient une loterie.

Ce que les analystes voient, et ce qu’ils ne parviennent plus à lire

Les marchés pétroliers sont normalement guidés par deux grands baromètres : l’offre, pilotée en grande partie par l’OPEP+ et les producteurs américains de schiste, et la demande, tirée par la croissance industrielle mondiale, notamment en Asie.

Le problème actuel, selon Energy News Beat, c’est que ces deux variables envoient des messages opposés. D’un côté, certains membres de l’OPEP+ ont laissé entendre qu’ils pourraient augmenter leur production, ce qui pèse mécaniquement sur les prix. De l’autre, la demande mondiale reste difficile à calibrer : la Chine, premier importateur de pétrole brut au monde, traverse une période de croissance économique incertaine, et les données de consommation industrielle y sont peu lisibles.

JP Morgan se retrouve donc dans une position inconfortable : les modèles qui fonctionnaient il y a deux ans ne produisent plus de prévisions fiables. Ce n’est pas un aveu d’incompétence, c’est le symptôme d’un marché entré dans une zone de turbulences structurelles.

Le prix du pétrole, c’est aussi un signal qu’on empêche de parler

Il y a quelque chose d’instructif dans cette situation. Le prix du pétrole, quand il monte, dit quelque chose : la ressource se fait rare, ou la demande dépasse l’offre. Quand il baisse, il dit autre chose : la production excède les besoins, ou l’économie mondiale ralentit. Ce signal, aussi inconfortable soit-il, guide les décisions des acheteurs, des producteurs et des investisseurs.

Le problème surgit quand des interventions extérieures brouillent ce signal. Les plafonnements de prix imposés sur le pétrole russe, les subventions aux carburants dans plusieurs pays européens après le choc de 2022, les taxes variables selon les gouvernements : chacune de ces mesures a modifié artificiellement ce que le prix indiquait réellement. Le marché a continué à fonctionner, mais avec des informations partiellement faussées. C’est en partie pourquoi les prévisions sont devenues si difficiles.

En Belgique, les accises sur les carburants représentent une part fixe et conséquente du prix à la pompe. Quand le brut baisse, le consommateur belge en profite moins que le signal de marché ne le laisserait espérer. Quand il monte, il en souffre davantage que ses voisins moins taxés.

Gaz naturel : une équation distincte, mais liée

La situation du gaz naturel est différente de celle du pétrole, mais les deux marchés restent liés. En Europe, les stocks de gaz ont été reconstitués après les tensions de 2022-2023, ce qui a contribué à stabiliser les prix. Mais cette stabilité reste fragile : elle dépend des températures hivernales, du niveau d’activité industrielle en Allemagne, premier consommateur de gaz de la zone, et des décisions d’approvisionnement en GNL américain.

Pour la Belgique, qui importe la quasi-totalité de son gaz, chaque variation du marché international se traduit directement sur les factures des ménages et les coûts de production des entreprises. Une hausse de 20 % du prix du gaz naturel sur les marchés européens n’est pas une abstraction financière : c’est une centaine d’euros de plus par mois pour une famille qui se chauffe au gaz.

Ce que cette incertitude devrait changer dans les décisions publiques

Quand même JP Morgan avoue ne pas voir clair, il serait prudent que les gouvernements s’en souviennent avant de promettre des prix stables ou de promettre de protéger les consommateurs par des mécanismes de plafonnement.

Protéger les ménages les plus vulnérables face aux chocs énergétiques est légitime. Mais le faire en déconnectant le prix de la réalité du marché a un coût : celui de la mauvaise allocation des ressources, de la consommation qui ne s’adapte pas, et de la facture reportée sur le contribuable. La vraie protection, celle qui dure, passe par des contrats d’approvisionnement diversifiés, des logements mieux isolés et une concurrence réelle entre fournisseurs, pas par des prix administrés qui finissent toujours par se payer ailleurs.

L’incertitude de JP Morgan devrait donc moins provoquer l’inquiétude que servir de rappel : personne ne sait mieux que le marché où va le prix du pétrole. Et quand le marché lui-même hésite, la réponse n’est pas d’y substituer une décision politique.