Andrew Puzder : les réglementations européennes bloquent 10 000 milliards d'épargne dormante

Illustration : Andrew Puzder : les réglementations européennes bloquent 10 000 milliards d'épargne dormante

L’ambassadeur des États-Unis auprès de l’Union européenne, Andrew Puzder, a publié ce 10 octobre 2026 sur son compte X (@USAmbEU) un message remarqué : les ménages européens détiendraient entre 10 000 et 12 000 milliards d’euros en liquidités et dépôts bancaires, une montagne d’argent qui, faute d’être investie, ne profite ni à l’économie européenne ni aux ambitions de l’Alliance atlantique. La cause, selon lui : trop de réglementations, qui découragent les épargnants de prendre le moindre risque.

Ambassador Andrew Puzder@USAmbEU

European households are sitting on €10–12 trillion in cash and bank savings. Invested, that money could power European growth. A stronger European economy means a better trading partner for America and a more capable NATO ally.

So why isn't that money invested? Savers don't

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Dix mille milliards qui dorment dans les banques

Le chiffre avancé par Puzder est saisissant. Entre 10 000 et 12 000 milliards d’euros : c’est, pour donner une échelle, plusieurs fois le PIB annuel de la France. Cet argent se trouve sur des comptes courants, des livrets ou des dépôts à terme. Il ne finance aucune entreprise, aucune infrastructure, aucune technologie nouvelle. Il attend.

Ce n’est pas faute de projets à financer. L’Europe cherche des capitaux pour sa transition énergétique, pour sa défense, pour sa compétitivité industrielle face aux États-Unis et à la Chine. Les besoins sont documentés, les ambitions affichées. Et pourtant, l’argent reste immobile.

Pourquoi ? Puzder désigne les régulations comme principal obstacle. L’idée est simple : quand investir devient compliqué, coûteux en démarches, incertain quant aux règles du jeu, les épargnants préfèrent ne rien faire. Pas par paresse, mais parce que le rapport entre le risque pris et le gain espéré ne justifie pas l’effort.

Ce qu’un compte bloqué dit à son titulaire

Un épargnant qui laisse son argent sur un compte bancaire n’est pas irrationnel. Il répond à ce que son environnement lui dit. Si ouvrir un compte-titres implique des formulaires complexes, si investir dans une PME locale suppose de naviguer dans des règles fiscales changeantes, si les frais prélevés par des intermédiaires réglementés absorbent une part significative du rendement, alors le livret d’épargne, même peu rentable, reste la solution la moins mauvaise.

C’est précisément ce mécanisme que pointe l’ambassadeur américain. Les régulations ne sont pas neutres : elles ont un coût, celui du renoncement. Chaque procédure supplémentaire, chaque seuil de déclaration, chaque obligation de conseil formel est une raison de plus de ne pas franchir le pas. Ce coût est invisible dans les statistiques officielles, mais il se mesure dans les 10 à 12 000 milliards qui stagnent.

Un argument à double détente : la croissance et l’OTAN

Ce qui rend le message de Puzder politiquement intéressant, c’est qu’il ne s’adresse pas à l’Europe depuis une position de donneur de leçons isolé. Il relie la question économique à deux priorités que Bruxelles et les capitales européennes disent partager.

D’abord, la croissance. Une économie européenne plus dynamique est, dit-il, un meilleur partenaire commercial pour les États-Unis. L’argument s’adresse aux deux rives de l’Atlantique : ce n’est pas un caprice américain, c’est un intérêt commun.

Ensuite, la défense. Une Europe qui investit davantage développe une capacité industrielle et technologique plus solide, ce qui se traduit en capacités militaires. Pour Washington, un allié de l’OTAN qui se finance par la croissance privée est plus fiable qu’un allié qui dépend de transferts budgétaires. L’argument est pragmatique et difficile à rejeter.

Ce que l’Europe a essayé, et ce qui coince encore

L’Union européenne n’est pas restée inactive sur ce dossier. L’Union des marchés de capitaux, projet porté depuis plusieurs années par la Commission européenne, vise précisément à fluidifier les investissements transfrontaliers et à orienter l’épargne des ménages vers les marchés financiers. Plusieurs rapports récents, dont celui de l’ancien président de la BCE Mario Draghi sur la compétitivité européenne, ont mis en lumière ce même gisement inexploité.

Mais les avancées restent lentes. Chaque réforme de marché se heurte à des intérêts nationaux divergents, à des traditions réglementaires différentes, à des lobbys bancaires qui ont parfois intérêt à ce que l’épargnant reste captif de produits locaux bien connus. La complexité n’est pas un accident : elle est souvent le résultat de décisions accumulées, chacune justifiée en elle-même, mais dont l’effet cumulatif décourage précisément ce qu’elles prétendent encadrer.

La question que le chiffre pose concrètement

Si une fraction seulement de ces 10 à 12 000 milliards venait à s’orienter vers des investissements productifs, les effets seraient considérables : des entreprises financées sans passer par la dette publique, des emplois créés sans subvention étatique, une capacité d’innovation qui ne dépendrait pas d’un budget voté en commission parlementaire.

Cela supposerait que le cadre réglementaire donne à l’épargnant une raison de faire confiance au marché plutôt qu’au livret. Non pas en supprimant toute protection, mais en réduisant la friction là où elle décourage sans protéger réellement. La distinction est importante : une règle qui protège l’investisseur contre une fraude a un sens ; une règle qui multiplie les formulaires sans réduire aucun risque réel est un obstacle déguisé en garantie.

Le message de Puzder n’est pas une leçon venue d’outre-Atlantique. C’est une question que les chiffres européens posent depuis longtemps, et à laquelle les institutions européennes peinent encore à répondre.