50 000 manifestants à Bruxelles, mais personne ne compte la facture que l'on refuse de payer

Illustration : 50 000 manifestants à Bruxelles, mais personne ne compte la facture que l'on refuse de payer

Ce qui s’est passé vendredi 9 octobre à Bruxelles

Quelque 50 000 personnes ont manifesté ce vendredi 9 octobre à Bruxelles à l’appel de la FGTB, selon un bilan communiqué par le président du syndicat Bert Engelaar. Le cortège a pris le départ vers 11h00 depuis la gare Centrale, pour rejoindre la gare du Midi et l’Esplanade de l’Europe. La FGTB et la CSC dénoncent ensemble la politique socio-économique du gouvernement fédéral Arizona, à quelques jours du discours de politique générale de Bart De Wever. Raoul Hedebouw, président du PTB/PVDA, était présent boulevard Lemonnier. La mobilisation s’est accompagnée de perturbations massives dans les transports : environ 140 vols annulés à Brussels Airport, réseaux STIB, TEC et De Lijn fortement perturbés.

En marge du cortège syndical, des confrontations ont éclaté dès 10h30 aux abords de la gare Centrale. Plusieurs centaines de jeunes masqués, dont certains déguisés en Batman, Teletubbies ou Spiderman, ont lancé pavés, bouteilles en verre et feux d’artifice sur les forces de l’ordre, qui ont répondu par canon à eau et gaz lacrymogène selon La DH. Des vélos partagés ont été incendiés place de l’Albertine, dégageant un nuage de fumée visible de loin. Un manifestant était muni d’un sabre japonais.

Les images resteront. Mais elles ne disent rien sur la question qui, elle, ne disparaîtra pas avec la fumée.

Les 10 milliards que personne dans le cortège n’a mentionnés

La Belgique doit remettre son projet budgétaire à la Commission européenne d’ici le 15 octobre. Elle doit encore trouver 10 milliards d’euros d’ici 2029, selon La DH. Ce n’est pas un chiffre inventé par le gouvernement pour justifier des coupes : c’est la conséquence arithmétique d’années de dépenses financées par de l’emprunt plutôt que par des recettes réelles.

Jean Deboutte, directeur de l’Agence belge de la dette, l’a formulé clairement selon Le Soir : la Belgique a besoin d’un plan d’assainissement crédible pour continuer à emprunter sur les marchés. Autrement dit, les prêteurs qui financent chaque jour les pensions, les allocations et les salaires des fonctionnaires commencent à regarder les comptes de plus près. Le jour où ils exigent une prime de risque plus élevée, la charge des intérêts augmente, et ce sont encore les mêmes ménages qui paient, mais sans que personne n’ait pris la décision devant eux.

C’est ce mécanisme que les discours syndicaux de ce vendredi ont soigneusement évité d’aborder.

Ce que les syndicats défendent, et ce que ça coûte vraiment

Les organisations syndicales ont raison sur un point : les mesures d’austérité ont un coût social réel. Réduire certaines allocations ou durcir les conditions d’accès au chômage touche des personnes qui n’ont pas toujours d’alternative immédiate. Ce n’est pas une abstraction, c’est une réalité concrète pour des dizaines de milliers de familles.

Mais le raisonnement s’arrête toujours au même endroit : on comptabilise ce que la réforme enlève, jamais ce que le statu quo coûte. Or le statu quo a un prix. Chaque milliard emprunté aujourd’hui pour éviter une décision difficile sera remboursé demain avec intérêts, par les mêmes travailleurs que les syndicats prétendent protéger, ou par leurs enfants. Le modèle social belge n’est pas menacé par les réformes du gouvernement Arizona : il est fragilisé depuis des années par le fait qu’on le finance à crédit.

Défendre ce modèle sans toucher à son financement, c’est défendre la façade en laissant les fondations se lézarder.

La fin de l’argent facile n’est pas un choix politique, c’est un fait

Pendant longtemps, emprunter a coûté presque rien. Les taux d’intérêt proches de zéro ont permis à tous les gouvernements successifs de repousser les arbitrages douloureux. Ce temps est terminé. Les marchés, eux, ne font pas grève : ils ajustent leurs conditions en permanence.

Quand l’Agence de la dette avertit qu’un plan crédible est nécessaire pour maintenir l’accès aux financements, elle ne fait pas de la politique. Elle décrit ce qui arrive à un ménage qui accumule les découverts sans montrer à sa banque qu’il sait comment les rembourser : à un moment, le crédit se ferme ou devient beaucoup plus cher.

50 000 personnes dans les rues, c’est un signal politique que tout gouvernement doit entendre. Mais un signal ne change pas une équation budgétaire. Si les syndicats veulent réellement protéger les travailleurs qu’ils représentent, la question n’est pas de bloquer les réformes, elle est de proposer une alternative chiffrée qui permette de dégager ces 10 milliards sans creuser davantage la dette. Personne, ce vendredi, n’a semblé en avoir une.