GSK licencie 1 200 personnes et les politiques s'agitent : mais qui pleure les commerçants qui ferment chaque jour ?
GSK annonce 1 217 suppressions d’emplois : l’agenda politique s’emballe
Ce mercredi 14 octobre 2026, le groupe pharmaceutique britannique GSK a annoncé une restructuration de ses activités en Belgique, mettant potentiellement en danger 1 217 postes de travail. La nouvelle a déclenché, en quelques heures, une cascade de réactions au sommet de l’État. Le Premier ministre Bart De Wever a convoqué en urgence des représentants des travailleurs à 16h et la direction de GSK à 17h au 16 rue de la Loi, en présence des ministres Adrien Dolimont, David Clarinval et Pierre-Yves Jeholet.
Le ministre fédéral de l’Emploi David Clarinval a publié un communiqué dans la foulée. Il y demande à GSK d’examiner toutes les pistes pour réduire les pertes d’emplois : mobilité interne, formations, redéploiement vers d’autres entités du groupe. Il ajoute, selon La DH, qu’il est « urgent de prendre des mesures au niveau de la santé ou de la fiscalité si nous voulons sauver la Pharma Valley belge ». Le PTB, de son côté, exige le remboursement des aides publiques perçues par GSK, dénonçant une entreprise qui « réalise des milliards de bénéfices » tout en bénéficiant, selon les chiffres de la CSC relayés par le parti, de centaines de millions d’euros de soutien public.
L’effervescence est compréhensible. Le secteur pharmaceutique représente 45 000 emplois directs en Belgique (chiffre cité par David Clarinval), et GSK est l’un de ses piliers visibles. Mais cette journée mérite qu’on pose une question dérangeante.
Le silence qui tonne : les fermetures quotidiennes que personne ne comptabilise
Pendant que les caméras se braquaient sur la rue de la Loi, combien de commerçants indépendants ont baissé leur rideau définitivement ce mercredi ? Combien de boulangers, de librairies de quartier, de petits ateliers de mécanique ou de cabinets de coiffure ont déposé le bilan cette semaine, sans conférence de presse ni réunion d’urgence ?
Personne ne les convoque au 16. Aucun ministre ne publie de communiqué pour « accompagner » leur départ. Aucun parti n’exige le remboursement de quoi que ce soit en leur nom, parce qu’eux n’ont jamais reçu de subsides à rembourser. Ils ont simplement payé des charges, respecté des règlements, et, à un moment, calculé que la colonne des dépenses avait définitivement dépassé celle des recettes.
Ce n’est pas une question de compassion sélective. C’est une question de mécanisme : un grand groupe côté en bourse rend ses difficultés visibles d’un coup, en une annonce chiffrée et datée. Un indépendant qui étouffe disparaît en silence, dossier après dossier, client après client, jusqu’au jour où l’huissier passe. Ce jour-là, il n’y a pas de délégués syndicaux pour tenir une conférence de presse.
Le vrai problème que le plan d’urgence ne règle pas
David Clarinval a raison sur un point : si la Belgique ne modifie pas sa fiscalité et ses règles sectorielles, d’autres entreprises pharmaceutiques pourraient à leur tour réduire la voilure. Il l’a dit clairement, et c’est à mettre à son crédit.
Mais ce diagnostic vaut bien au-delà de la pharma. Les charges patronales belges figurent parmi les plus élevées d’Europe. Les obligations administratives qui pèsent sur une petite enseigne de commerce de détail ou sur un artisan ne sont pas moins écrasantes que celles qui pèsent sur un laboratoire, elles sont juste plus silencieuses parce qu’elles ne tuent que des structures trop petites pour faire la une.
Un indépendant qui embauche un premier salarié voit immédiatement son coût du travail bondir à un niveau qui rend l’opération risquée. Résultat : il ne recrute pas, ou il reste seul. Ce n’est pas un choix de confort, c’est une réponse rationnelle à un signal de prix que la loi a faussé. Quand embaucher coûte autant, on n’embauche pas. Les 1 217 emplois de GSK sont menacés par des décisions prises à Londres, certes, mais aussi par un environnement belge qui rend chaque heure de travail plus chère qu’ailleurs. Le même environnement qui pousse un gérant de PME à ne pas renouveler un contrat à durée déterminée.
Deux poids, deux mesures dans la gestion de la crise
Le PTB demande le remboursement des aides publiques reçues par GSK. La question est légitime : quand l’argent du contribuable finance une entreprise privée, le contribuable est en droit de savoir ce qu’il en obtient en retour. Mais la logique devrait être symétrique : si les aides publiques créent une dépendance dangereuse pour les grands groupes, les réglementations étouffantes créent une dépendance inversée pour les petits, celle de ne jamais pouvoir grossir suffisamment pour survivre à une mauvaise année.
La vraie question n’est pas de savoir comment gérer l’après-GSK. C’est de comprendre pourquoi la Belgique rend la vie des entreprises, grandes et petites, si difficile qu’elles finissent toutes, à un moment ou un autre, par chercher la sortie. Pour les grandes, la sortie fait du bruit. Pour les petites, elle passe inaperçue.
Le gouvernement dispose d’un levier immédiat et applicable : baisser le coût réel du travail pour toutes les entreprises, pas seulement pour les secteurs qui ont les lobbyistes les plus efficaces ou les plans sociaux les plus médiatiques. Ce serait une mesure qui profiterait à GSK, oui, mais aussi aux milliers d’indépendants qui ferment leurs portes cette semaine sans que personne ne s’en émeuve.