Chèques-services : la Flandre veut les faire passer à 12 €, le travail au noir comme effet collatéral
La Flandre s’accorde sur une hausse de 2 euros
Le gouvernement flamand a trouvé un consensus pour augmenter le prix du chèque-service de 10 à 12 euros, soit une hausse de 20 % pour l’utilisateur. C’est De Tijd qui rapporte cet accord au sein de la coalition régionale, survenu à la fin du mois de septembre 2026. La mesure vise à alléger le coût budgétaire du dispositif pour la Région flamande, qui finance une partie importante de chaque heure prestée. Ce sont les ménages qui recourent à des aides ménagères via ce système qui supporteront directement la différence.
nvp🥬🌏🇧🇪@nvparConsensus in Vlaamse regering om dienstencheque 2 euro duurder te maken
tijd.be/politiek-econo…
Ooit werd het succes van een regering onder andere afgeklopt op basis van de groei in de tewerkstelling. Het systeem van dienstencheques was toen een middel om die ambities te
Le compte X nvpar (@nvpar) a partagé l’information vendredi 26 septembre 2026, en rappelant qu’autrefois, le succès d’un gouvernement se mesurait notamment à la croissance de l’emploi, et que le système des chèques-services avait précisément été conçu comme un levier pour atteindre cet objectif.
Ce que le prix du chèque-service couvre réellement
Pour comprendre ce qui se passe, il faut rappeler le mécanisme. Un chèque-service ne coûte pas 10 euros à la société : il coûte entre 13,50 et 14 euros de l’heure si l’on additionne le prix payé par l’utilisateur et la subvention régionale qui complète la rémunération de l’aide ménagère. La Région flamande prend en charge la différence pour maintenir le dispositif accessible.
Quand le prix passe à 12 euros, le coût total par heure reste dans cette même fourchette de 13,50 à 14 euros, mais la part payée par l’utilisateur augmente. C’est ce déplacement de charge qui va changer les comportements, pas le coût réel du travail.
La frontière avec le travail au noir se réduit
À 10 euros de l’heure, recourir à une aide ménagère via les chèques-services restait nettement plus avantageux que de payer quelqu’un « de la main à la main ». À 12 euros, l’écart se réduit sensiblement. Pour une famille qui fait appel à une aide trois ou quatre heures par semaine, la différence annuelle devient suffisamment visible pour que la question se pose.
Ce n’est pas une hypothèse abstraite : c’est précisément ce que le mécanisme du prix produit. Quand le coût officiel d’un service se rapproche du coût informel équivalent, une partie des utilisateurs bascule vers le second. Personne ne l’annonce, personne ne le comptabilise, mais ça arrive.
Une facture transférée vers le fédéral
Voilà où la logique devient particulièrement inconfortable. Si la demande de chèques-services baisse, deux choses se produisent en parallèle. D’un côté, davantage de travail s’effectue hors circuit légal, sans cotisations, sans droits sociaux, sans traçabilité. De l’autre, les travailleurs du secteur qui perdent des heures peuvent recourir au chômage économique ou à d’autres mécanismes de soutien au revenu, financés cette fois par le niveau fédéral.
La Région flamande allège donc son propre budget en déplaçant une partie du coût vers un budget qu’elle ne gère pas. Ce n’est pas nécessairement une intention délibérée, mais c’est un effet mécanique prévisible. Et quelqu’un qui travaille, même à bas coût pour la collectivité, coûte toujours moins à la société que quelqu’un qui ne travaille pas ou qui travaille dans l’ombre.
Le vrai problème que la mesure ne touche pas
Les chèques-services n’ont pas été inventés par goût pour la complexité administrative. Ils existent parce que le coût du travail en Belgique, surtout pour les emplois peu qualifiés, est suffisamment élevé pour rendre le travail domestique légal inaccessible à une grande partie des ménages, et économiquement non viable sans aide pour les prestataires.
Le système est donc une réponse à un problème réel, mais une réponse indirecte : au lieu de s’attaquer aux charges qui rendent le travail trop cher, on a créé un mécanisme de subvention pour contourner l’obstacle. Ça fonctionne, jusqu’au moment où ça coûte trop cher à la Région qui le finance. On arrive précisément à ce moment.
Augmenter le prix du chèque-service ne réduit pas le coût du travail. Cela réduit l’aide accordée à ceux qui ne peuvent pas se passer de ce coup de pouce pour accéder à un service légal. Le problème de fond, lui, reste entier.
Ce qu’il aurait fallu faire à la place
Dans ce cas précis, la cohérence commandait d’agir sur les charges qui pèsent sur ce type d’emploi plutôt que d’augmenter la participation de l’utilisateur. Réduire les cotisations sociales sur les bas salaires dans le secteur des services à la personne aurait rendu le travail légal naturellement plus compétitif face au travail au noir, sans créer un mécanisme de subvention à géométrie variable selon les budgets régionaux du moment.
C’est une mesure plus difficile politiquement, parce qu’elle touche à l’architecture des charges sociales. Mais elle aurait le mérite de s’attaquer à la cause plutôt qu’à la conséquence. Hausser le prix du chèque-service, c’est refermer la soupape sans réduire la pression dans la chaudière.