3 000 professeurs payés sans enseigner : David Lisnard pose la question qui dérange
3 000 professeurs sans élèves : l’annonce qui révèle ce que personne ne voulait dire
Le jeudi 8 octobre 2026, le ministre français de l’Éducation nationale Édouard Geffray annonçait le déploiement immédiat de 3 000 professeurs remplaçants jusqu’alors sans affectation, prioritairement dans 514 lycées jugés en difficulté. Une annonce chiffrée à « plusieurs dizaines de millions d’euros » selon le ministre lui-même, rapporte RMC/BFMTV. Le lendemain, David Lisnard, maire de Cannes et vice-président de l’AMF, publiait sur X une réaction qui a rapidement circulé, posant en termes très directs la question que l’annonce ministerielle avait involontairement soulevée.
David Lisnard@davidlisnardDans quelle entreprise pourrait-il y avoir 3000 collaborateurs rémunérés sans aucune tâche à effectuer ? Payés à rester chez eux !
Cette question étourdissante devrait tous nous hanter depuis l’annonce du ministre de l’Education.
L’Etat surendetté et qui nous prélève toujours
Post de David Lisnard (@davidlisnard), 9 octobre 2026
Ce que l’annonce révèle malgré elle
L’intervention du ministre Geffray visait à éteindre la colère lycéenne. Elle a, au passage, confirmé un fait que peu de communiqués officiels formulent aussi clairement : 3 000 personnes employées par l’État, rémunérées sur fonds publics, n’exerçaient pas leur fonction d’enseignant au moment où des lycéens se mobilisaient précisément parce qu’ils manquaient de professeurs.
Ces enseignants ne sont pas des fantômes administratifs. Ce sont des titulaires remplaçants, c’est-à-dire des fonctionnaires dont le rôle est, par définition, de couvrir les absences dans les établissements. Si 3 000 d’entre eux se retrouvaient sans affectation à la mi-octobre, la question logique est simple : pourquoi n’ont-ils pas été orientés vers les 514 lycées en tension dès la rentrée de septembre ?
La réponse du ministre est, en soi, instructive. Pour affecter ces remplaçants, il a annoncé la mise en place d’un nouveau logiciel. Autrement dit, l’outil permettant de faire correspondre une offre d’enseignants disponibles avec une demande de classes sans professeur n’existait pas encore, ou ne fonctionnait pas. Christelle Kauffmann, proviseure à Albi et représentante du syndicat SNPDEN, a salué cette initiative, selon RMC/BFMTV. Pierre Souzat, président du syndicat Les Lycéens !, a lui formulé une remarque plus acerbe : « On a l’impression que le ministre, s’il veut le mettre en place, finalement il le fait quand il veut. On est obligé de lui mettre un coup de pied aux fesses parce que ce n’est que comme ça qu’il réagit », toujours selon RMC/BFMTV.
Qui paie, combien, et qui décide
La question de David Lisnard n’est pas rhétorique. Elle pointe un mécanisme précis : dans n’importe quelle organisation, maintenir pendant des semaines 3 000 personnes rémunérées sans tâche assignée constitue une anomalie qui serait visible immédiatement parce qu’elle coûte de l’argent à quelqu’un qui le ressent.
Dans le cas présent, ce « quelqu’un » est le contribuable français, et l’argent transite par un budget national qui, selon les propres mots du tweet de Lisnard, est « surendetté ». Le coût ne disparaît pas parce qu’il est mutualisé : il est simplement réparti sur un si grand nombre de personnes qu’aucune d’entre elles ne le voit apparaître sur sa feuille de paie.
Le problème n’est pas dans la rémunération des titulaires remplaçants, qui ont une fonction légitime dans le système scolaire. Il est dans l’absence d’un mécanisme simple pour les affecter efficacement. Un logiciel, annoncé en urgence un jeudi soir sous pression des manifestations lycéennes, est précisément ce qui aurait dû être opérationnel le jour de la rentrée. Ou, mieux, avant.
Des dizaines de millions d’euros et des questions sans réponse
Le ministre a lui-même estimé le coût des mesures annoncées à « plusieurs dizaines de millions d’euros d’ici à la fin de l’année » (RMC/BFMTV). Cette somme couvre à la fois l’activation des remplaçants existants et le recrutement de plusieurs centaines de professeurs contractuels supplémentaires.
Ce chiffre mérite d’être mis en perspective : il ne représente pas un investissement nouveau dans l’éducation. Il représente en grande partie le coût de correction d’un dysfonctionnement organisationnel qui durait depuis le début de l’année scolaire. L’argent ne crée pas de nouveaux postes d’enseignants : il finance la mise en activité de personnels qui étaient déjà sur la masse salariale.
Personne, dans les annonces du ministère, n’a expliqué pourquoi le logiciel d’affectation n’était pas en place en septembre. Personne n’a chiffré ce qu’avait coûté, sur les semaines précédentes, le maintien de 3 000 remplaçants sans classe. Et personne n’t proposé de mesure pour s’assurer que la même situation ne se reproduise pas à la rentrée 2027.
Ce que la crise lycéenne a rendu visible
France Inter rapporte que la mobilisation lycéenne se poursuit, avec une nouvelle journée d’action prévue le 13 octobre, et que les élèves attendent également des réponses sur la plateforme d’orientation Parcoursup. Le mouvement ne se réduit donc pas à la question des remplacements, même si celle-ci en a été le déclencheur visible.
Mais c’est bien cette question des remplacements qui a, de façon involontaire, mis en lumière un dysfonctionnement concret : des élèves sans professeur d’un côté, des professeurs sans élèves de l’autre, et entre les deux, l’absence d’un outil de coordination qui aurait pu être déployé bien plus tôt.
Lorsque la pression est montée, le logiciel est apparu. Les 3 000 remplaçants vont être affectés. C’est une bonne décision, prise trop tard. La vraie question n’est pas de savoir si la mesure est suffisante pour calmer les lycéens, mais pourquoi il a fallu attendre les blocages de lycées pour que l’évidence s’impose.