Bouchez veut que les syndicats paient pour la casse lors des manifestations
Le 9 octobre 2026, Georges-Louis Bouchez, président du MR et figure centrale du gouvernement fédéral, a publié sur son compte X (@GLBouchez) une réaction aux violences survenues lors d’une manifestation nationale. Il y dénonce le coût imposé aux citoyens, aux commerçants et aux finances publiques, et appelle à responsabiliser les organisateurs pour les dégâts causés par des casseurs.
Georges-L BOUCHEZ@GLBouchez😳 Comme on pouvait le craindre, des violences importantes ont eu lieu lors de cette manifestation nationale.
💸 De l’argent public gaspillé par des casseurs, des commerçants empêchés de travailler, des citoyens atteints par ces actions.
👊 Il est grand temps de responsabiliser
▶ Voir la vidéo sur XUne manifestation nationale marquée par des violences
Des violences importantes ont accompagné la manifestation nationale ce 9 octobre 2026. Selon la réaction publiée par Georges-Louis Bouchez le jour même, des biens publics ont été endommagés, des commerçants ont été empêchés de travailler et des citoyens ont été directement affectés par les débordements.
Le constat est récurrent en Belgique : chaque grande mobilisation syndicale s’accompagne, dans une proportion variable, d’actes de vandalisme. Voitures brûlées, vitrines fracassées, mobilier urbain détruit. La facture, elle, est toujours transmise au même payeur : le contribuable.
Qui paie, concrètement ?
Aujourd’hui, lorsqu’un cortège dégénère, les coûts se répartissent ainsi : les services de propreté publique nettoient les rues, les pouvoirs publics remplacent ou réparent le mobilier urbain, et la police mobilise des centaines d’agents en heures supplémentaires. Ces dépenses sont couvertes par le budget communal, régional ou fédéral, c’est-à-dire par l’impôt.
Le commerçant dont la vitrine est brisée, lui, subit une double peine. Il perd une journée de chiffre d’affaires parce que l’accès à son magasin est bloqué ou parce que la clientèle ne se risque pas dans le périmètre. Et il répare à ses frais, souvent sans recours réel contre quiconque. Son assurance prend le relais si sa police le couvre, mais la prime qu’il paiera l’année suivante reflète le sinistre. Le coût ne disparaît pas : il se déplace.
L’organisateur de la manifestation, lui, n’engage aucune responsabilité financière pour les dégâts commis en marge de l’événement qu’il a organisé, mobilisé et encadré.
La responsabilité des organisateurs : un angle mort juridique
En Belgique, le cadre légal actuel distingue nettement les organisateurs des fauteurs de troubles. Un syndicat qui dépose un préavis de manifestation n’est pas, en droit, considéré comme responsable des actes de casseurs infiltrés dans le cortège. C’est une position compréhensible dans son principe : on ne peut pas tenir quelqu’un responsable de ce qu’un tiers a fait.
Mais ce raisonnement a une limite concrète. Lorsqu’on organise un rassemblement de plusieurs dizaines de milliers de personnes dans un espace public, on prend une décision qui a des effets prévisibles. La possibilité de débordements fait partie de ces effets. Un organisateur privé qui réunit du public dans un stade ou à un festival est tenu à des obligations de sécurité précises. Il engage sa responsabilité si quelque chose tourne mal faute de précautions suffisantes.
La question que pose Bouchez est donc celle-ci : pourquoi le droit commun de la responsabilité s’arrête-t-il à la porte des organisations syndicales ?
Ce que « responsabiliser » signifie en pratique
Rendre les organisateurs financièrement responsables des dégâts ne signifie pas les punir pour avoir exercé un droit constitutionnel. Cela signifie aligner les incitations : si une organisation supporte une partie du coût des violences qui surviennent lors d’un événement qu’elle pilote, elle a un intérêt direct à prévenir ces violences, à filtrer les éléments radicaux, à coopérer activement avec les forces de l’ordre.
Aujourd’hui, cet intérêt est absent. Les dégâts sont externalisés sur la collectivité, et l’organisateur n’en voit pas la facture. Changer cela ne revient pas à interdire le droit de manifester : cela revient à dire que ce droit, comme tous les autres, s’exerce avec ses conséquences.
Un mécanisme envisageable serait la constitution d’une caution ou d’une garantie financière au moment du dépôt de préavis, restituée intégralement en l’absence de dégâts. Ce modèle existe pour d’autres types de rassemblements. Il n’a rien d’extraordinaire.
Le contribuable n’est pas une variable d’ajustement
Il y a une logique simple que la situation actuelle inverse : celui qui prend la décision devrait supporter les conséquences de cette décision. Ici, ce sont les syndicats qui décident d’organiser, de mobiliser et d’encadrer. Ce sont les citoyens qui paient quand ça dégénère.
Ce n’est pas une question de sympathie ou d’antipathie envers le mouvement syndical. C’est une question de cohérence. Un ménage bruxellois qui voit sa rue dévastée après une manifestation n’a ni décidé de celle-ci, ni participé au rapport de force qu’elle visait à exprimer. Lui faire porter la note est injuste, quelle que soit la cause défendue dans le cortège.
La proposition de Georges-Louis Bouchez mérite un débat législatif sérieux. Pas pour punir le droit de grève, mais pour que ce droit cesse d’être exercé aux frais de ceux qui ne l’ont pas demandé.