La Wallonie va taxer chaque distributeur de billets à 5 000 € : une décision qui aggrave la pénurie de cash

Illustration : La Wallonie va taxer chaque distributeur de billets à 5 000 € : une décision qui aggrave la pénurie de cash

Une taxe régionale qui prend les distributeurs de billets pour cible

La Wallonie s’apprête à instaurer une taxe de 5 000 euros par distributeur automatique de billets installé sur son territoire. Cette décision mérite pourtant qu’on s’y arrête : dans une région où l’accès au cash se réduit déjà depuis des années, prélever 5 000 euros supplémentaires sur chaque machine, c’est donner aux banques et aux gestionnaires de réseaux une raison de plus de les fermer.

Qui est concerné ? Les banques, les indépendants et les opérateurs privés qui maintiennent des distributeurs en Wallonie. Quoi ? Une nouvelle taxe régionale de 5 000 euros par appareil. Où ? En Région wallonne. Quand ? La mesure est en cours d’adoption. Pourquoi ? Les autorités régionales y voient une source de recettes supplémentaires, sans sembler avoir mesuré ce qu’elle coûtera à ceux qui dépendent du cash au quotidien.

Ce que la carte bancaire ne remplace pas

Il existe une idée répandue selon laquelle le distributeur de billets est une relique. Les paiements sans contact, les applications mobiles, les virements instantanés : tout le monde aurait basculé dans le numérique. C’est faux, et les chiffres le confirment depuis des années.

Une part significative de la population belge, notamment les personnes âgées, les ménages à revenus modestes, les travailleurs indépendants de secteurs informels et les habitants des zones rurales, continue de gérer une partie importante de son budget en espèces. Pas par archaïsme : parce que le cash est le seul moyen de paiement qui ne peut pas être bloqué, piraté, suspendu pour cause de problème technique ou refusé par un commerçant dont le terminal est en panne.

Retirer de l’argent suppose d’abord d’en trouver où. Or le réseau de distributeurs se contracte depuis plusieurs années en Belgique. Les banques ferment des agences, réduisent leur parc de machines et se désengagent physiquement des communes les moins denses. La Wallonie, avec ses nombreuses petites entités rurales, est particulièrement exposée à ce mouvement.

Le mécanisme que la taxe ignore

Quand une autorité publique impose une charge nouvelle sur une activité, deux choses se produisent : soit celui qui supporte la charge l’absorbe en réduisant sa marge, soit il l’évite en supprimant l’activité qui la génère. Dans le cas d’un distributeur de billets, la réponse est simple à anticiper.

Maintenir une machine coûte déjà cher : installation, maintenance, sécurisation, rechargement en billets, assurance. Ces coûts sont supportés pour un volume de transactions qui diminue à mesure que les clients basculent vers le numérique. Le rendement de chaque appareil baisse donc mécaniquement. Ajouter 5 000 euros de taxe annuelle par machine dans ce contexte, c’est pousser les opérateurs à faire le calcul qu’ils retardaient : fermer les appareils dont la rentabilité est déjà fragile.

Ce sont les distributeurs des petites communes, des quartiers populaires et des zones excentrées qui partiront en premier. Pas ceux des centres-villes ou des grandes surfaces, où le volume de transactions justifie encore l’investissement.

La facture que personne ne chiffre

Quand un distributeur ferme, personne n’envoie une facture au ménage qui devra désormais parcourir dix kilomètres supplémentaires pour retirer de l’argent, payer son transport, ou renoncer tout simplement à gérer son budget en cash. Ce coût est invisible dans les comptes publics, mais il est bien réel pour les personnes concernées.

Il y a aussi un coût pour les petits commerçants qui acceptent le cash parce que leurs clients le demandent, et qui verront leur clientèle se réduire si celle-ci ne peut plus accéder facilement à de la monnaie fiduciaire. La monnaie fiduciaire, c’est simplement l’argent physique, billets et pièces, dont la valeur repose sur la confiance dans la banque centrale qui l’émet.

La taxe, elle, produira des recettes visibles, inscrites dans un budget, attribuables à une décision. L’appauvrissement discret de quelques dizaines de milliers de Wallons qui dépendent du cash n’apparaîtra nulle part dans les colonnes d’un tableau budgétaire.

Ce qu’il aurait fallu faire à la place

Si la Wallonie voulait réellement s’attaquer au problème de l’accès à l’argent liquide, elle disposait d’autres leviers. Elle aurait pu conditionner certaines aides ou certains marchés publics au maintien d’un maillage minimal de distributeurs sur son territoire. Elle aurait pu faciliter l’installation de machines partagées dans des espaces publics, des maisons de village ou des bureaux de poste. Elle aurait pu exonérer de toute taxe locale les distributeurs situés dans des communes en dessous d’un seuil de densité de réseau.

À la place, elle a choisi de taxer. Le résultat sera prévisible, et ce sont les plus vulnérables qui en paieront le prix, sans que personne ne soit en mesure de présenter la note.