Déficit wallon à 10 % : trouver le milliard n'est pas difficile, trouver le courage l'est
La Wallonie repart en quête d’économies, sans toucher à la racine du mal
La Wallonie est, ce lundi 21 septembre 2026, au cœur d’une nouvelle séquence budgétaire tendue. Le gouvernement wallon a relancé la recherche de centaines de millions d’euros d’économies pour tenter de contenir un déficit qui atteint environ 10 % des dépenses régionales, selon la RTBF. Une région déjà fragilisée, dans un pays fédéral lui-même sous pression budgétaire chronique. Le diagnostic se répète. Les remèdes, eux, restent les mêmes.
Un déficit qui dit quelque chose que personne ne veut entendre
Un déficit de 10 %, ce n’est pas un accident de calendrier ni la conséquence d’une crise passagère. C’est le reflet d’une structure économique dans laquelle la dépense publique occupe une place que le secteur privé n’a jamais vraiment réussi à prendre.
En Wallonie, l’emploi public direct absorbe une part de la population active qui n’a pas d’équivalent dans les régions comparables d’Europe occidentale. Cela signifie concrètement que chaque poste créé dans une administration, une intercommunale ou un organisme para-régional est un poste financé par l’impôt, donc par quelqu’un d’autre, aujourd’hui ou demain sous forme de dette. Le contribuable paie deux fois : une fois pour le service, une fois pour le déficit que ce service génère.
Ce n’est pas le travail de ces agents qui est en cause. C’est le volume, et surtout la logique qui l’a produit : pendant des décennies, l’emploi public a servi d’amortisseur social là où l’activité privée ne suffisait pas. Le résultat, c’est une économie régionale dont la santé dépend presque entièrement de la décision politique de maintenir le flux.
Les subsides : de l’argent dirigé vers les mauvais acteurs
À côté de l’emploi direct, la Wallonie s’est dotée d’un arsenal considérable d’aides aux entreprises, de fonds d’investissement, de dispositifs d’attraction des investisseurs étrangers et de structures d’accompagnement économique. L’intention est louable : compenser un retard industriel réel, attirer des capitaux, créer de l’activité.
Le problème est plus discret mais plus grave. Lorsqu’une administration décide quelles entreprises méritent un subside, elle le fait sur la base de dossiers, de critères administratifs, de plans prévisionnels. Elle ne dispose pas de l’information que le marché produit naturellement : la réalité de la demande, la solidité réelle du modèle, la capacité d’un entrepreneur à convaincre des clients plutôt que des fonctionnaires.
Le résultat prévisible est que de l’argent public finit dans des projets qui n’auraient pas survécu sans lui, pendant que d’autres entreprises, moins habiles à remplir des formulaires mais plus solides économiquement, n’en voient pas la couleur. On ne sélectionne pas les meilleurs : on sélectionne ceux qui correspondent au cahier des charges. Ce sont deux choses très différentes, et la facture de la confusion entre les deux s’appelle, entre autres, déficit structurel.
Une classe politique dont le coût n’est jamais vraiment compté
La Wallonie compte, pour une population de 3,7 millions d’habitants, un nombre d’élus, de cabinets, d’intercommunales, d’agences et d’organismes d’intérêt public qui laisse perplexe toute comparaison internationale sérieuse. Chaque niveau produit ses propres réunions, ses propres rapports, ses propres lignes budgétaires. Le coût direct est élevé. Le coût indirect, celui de la décision ralentie, de la compétence dispersée, de la responsabilité diluée, est impossible à chiffrer mais bien réel.
Ce n’est pas une question de mauvaise volonté individuelle. C’est une architecture institutionnelle qui s’est construite couche par couche, chaque réforme ajoutant un niveau sans en supprimer un autre.
Trouver le milliard n’est pas le problème
Voici ce qu’on ne dira pas assez clairement dans les prochaines semaines de négociation budgétaire : trouver un milliard d’euros d’économies en Wallonie n’est pas techniquement difficile. Les postes existent. Ils sont identifiables. Des audits les ont déjà balisés, des rapports les ont déjà nommés.
Ce qui est quasi impossible, c’est de trouver la volonté politique de les toucher. Parce que chaque ligne budgétaire représente un électeur, un syndicat, une fédération, une intercommunale, un échevin. Parce que les bénéficiaires du statu quo sont organisés et visibles, alors que ceux qui paieront le déficit demain sont dispersés et silencieux.
La Wallonie n’a pas besoin d’un nouveau plan de relance ni d’un fonds supplémentaire. Elle a besoin que ses responsables politiques acceptent, pour une fois, que chaque euro dépensé sans retour réel est un euro qui manquera ailleurs, et que “ailleurs”, c’est le ménage qui reçoit une facture d’impôts, l’entreprise qui ne peut pas embaucher, le service de soin qui manque de moyens.
Le courage budgétaire ne se mesure pas au nombre de réunions. Il se mesure à ce qu’on a eu le courage de supprimer.