Élections en Allemagne : l'AfD remporte une nouvelle victoire, Merz subit une lourde défaite
L’AfD s’impose encore, Merz paie la note
En Allemagne, ce dimanche 20 septembre 2026, les résultats électoraux confirment une tendance qui s’installe : l’Alternative für Deutschland (AfD) enregistre une nouvelle victoire significative, pendant que Friedrich Merz et son parti, la CDU/CSU, subissent un revers que peu anticipaient d’une telle ampleur. La CDU est tombée à 5% contre 38% pour l’AfD Ce scrutin, qui se tenait sur fond de tensions économiques persistantes et d’un mécontentement largement documenté dans les Länder de l’Est, redistribue les cartes de la politique allemande et pose une question que le centre politique peine à formuler clairement : qui, exactement, a produit ce résultat ?
Ce que défend l’AfD, sans détour
Pour comprendre pourquoi des millions d’électeurs allemands se tournent vers ce parti, il faut d’abord décrire ce qu’il propose, sans l’enjoliver ni le noircir.
L’AfD défend un contrôle strict des frontières et un durcissement radical de la politique migratoire, jusqu’à la remise en question du droit d’asile dans sa forme actuelle. Elle prône un retour aux énergies fossiles et nucléaires, rejetant la Energiewende, la transition énergétique imposée par les gouvernements successifs, qu’elle considère comme une cause directe du renchérissement de la facture d’électricité pour les ménages et les industries. Sur le plan économique, elle défend une réduction de la pression fiscale et des charges réglementaires qui pèsent sur les petites et moyennes entreprises. Elle s’oppose aux sanctions contre la Russie et réclame la reprise des approvisionnements en gaz russe, au nom du coût énergétique supporté par l’industrie allemande. Enfin, elle exprime une défiance marquée envers les institutions européennes, sans pour autant défendre officiellement une sortie de la zone euro.
Ces positions attirent des électeurs qui ne se reconnaissent pas tous dans une idéologie d’extrême droite au sens classique : une part d’entre eux sont d’abord des mécontents économiques, des salariés de l’industrie automobile frappés par les restructurations, des artisans écrasés par la bureaucratie, des retraités dont le pouvoir d’achat a reculé.
La politique de Merz : un boulevard offert aux mécontents
Friedrich Merz est arrivé au pouvoir en promettant la fermeté et la rupture avec la politique migratoire de l’ère Merkel. Il a obtenu, début 2025, un vote au Bundestag sur les restrictions migratoires en acceptant les voix de l’AfD, une première qui a provoqué un choc politique en Allemagne et en Europe. L’idée était de couper l’herbe sous le pied de l’AfD en reprenant une partie de son agenda.
Le résultat est inverse. Quand un gouvernement reprend les thèmes d’un parti contestataire sans en résoudre les causes profondes, il valide le diagnostic de ce parti aux yeux de ceux qui le soutiennent, sans convaincre leurs électeurs. Le message implicite envoyé aux Allemands mécontents est le suivant : vos préoccupations sont légitimes, mais c’est l’AfD qui les a portées en premier.
Sur l’économie, le gouvernement Merz n’a pas réussi à enrayer le ralentissement industriel. L’Allemagne traverse depuis plusieurs trimestres une contraction de son secteur manufacturier, tirée vers le bas par la concurrence chinoise dans l’automobile électrique et par des coûts énergétiques toujours élevés. Les mesures annoncées sont restées en grande partie dans les cartons ou dans les délais de la machine administrative allemande. Pendant ce temps, la facture d’électricité des ménages et des PME continuait de grimper, concrètement, tous les mois.
C’est ce hiatus entre les promesses et le vécu quotidien qui constitue le vrai terreau électoral de l’AfD. Non pas une adhésion massive à son programme complet, mais la conviction, chez une fraction croissante d’électeurs, que le centre ne livre pas ce qu’il promet.
Le coût politique d’une stratégie sans résultats
La stratégie de Merz illustre un mécanisme classique : en adoptant le vocabulaire de la protestation sans en traiter les causes concrètes, on légitime la protestation sans la satisfaire. On accroît la demande de radicalité sans y répondre.
Un électeur qui payait 300 euros par mois d’électricité il y a cinq ans et qui en paye aujourd’hui davantage ne veut pas entendre parler de transition énergétique : il veut une facture qui baisse. Un ouvrier de l’automobile dont l’usine menace de fermer n’a que faire des discours sur la compétitivité européenne : il veut savoir si son emploi existera dans deux ans. L’AfD parle à ces personnes en des termes qu’elles reconnaissent. Merz leur a parlé en des termes proches, mais sans produire de résultat tangible.
La défaite de ce jour n’est pas seulement la sienne. Elle révèle l’incapacité d’un système politique à relier ses décisions aux conséquences que les gens subissent réellement, à désigner clairement qui paie quoi, et pourquoi. Tant que cette distance persistera, les vainqueurs de ces scrutins continueront de se trouver aux extrémités du spectre, là où les promesses n’ont pas encore eu à se confronter aux faits.