Evonik supprime 3 200 postes en Belgique et en Allemagne : quand la chimie européenne paie l'addition
Evonik confirme 3 200 suppressions de postes en Belgique et en Allemagne
Le groupe chimique allemand Evonik a annoncé, ce mardi 22 septembre 2026, la suppression de 3 200 postes répartis entre la Belgique et l’Allemagne, selon RTL Info. L’entreprise, spécialisée dans la chimie de spécialité, justifie ce plan massif par la dégradation durable de sa compétitivité en Europe. Pour les travailleurs concernés, c’est un coup brutal. Pour l’industrie chimique européenne, c’est un signal de plus dans une série qui ne s’arrête plus.
Une facture que les travailleurs paient à la place de leurs décideurs
Evonik ne ferme pas parce que ses produits ne se vendent plus. Elle ferme parce que les produire en Europe coûte désormais plus cher qu’ailleurs, sans que le prix de vente puisse absorber la différence.
Trois postes de coûts se sont accumulés sur les sites belges et allemands au cours des dernières années : l’énergie, le travail et la conformité réglementaire. Aucun des trois n’est apparu du jour au lendemain. Chacun a été décidé, voté, défendu. Et chacun a été présenté comme un investissement dans l’avenir ou comme une protection des travailleurs. Le résultat concret, lui, s’appelle 3 200 personnes qui apprennent ce mardi qu’elles n’ont plus d’emploi.
L’énergie : le coût qu’on a choisi de ne pas voir
L’industrie chimique est une grande consommatrice d’énergie. Elle ne peut pas délocaliser ses fours, ses réacteurs ou ses chaînes de polymérisation dans un bureau à distance. Elle paie l’électricité et le gaz là où elle produit.
En Europe, les prix de l’énergie industrielle ont atteint des niveaux sans commune mesure avec ceux pratiqués aux États-Unis ou en Asie. Cette divergence n’est pas le fruit du hasard : elle résulte de choix politiques accumulés, du démantèlement accéléré du nucléaire dans certains pays, du financement des énergies renouvelables par des taxes sur la consommation, et d’un marché du carbone qui renchérit chaque tonne de CO₂ émise. Chacune de ces décisions avait ses partisans. Aucune n’a été prise par les chimistes d’Evonik. Tous en paient le prix.
La réglementation : quand protéger coûte plus que ça ne rapporte
L’Union européenne produit, depuis des années, une réglementation chimique parmi les plus denses du monde. Le règlement REACH, les restrictions sur les substances, les nouvelles exigences liées au Pacte vert : chaque texte ajoute des obligations de test, de substitution, de déclaration et de mise en conformité. Ces coûts sont réels, récurrents, et ne se répercutent pas automatiquement sur les prix de vente, parce que les concurrents asiatiques ou américains, eux, ne les supportent pas.
Le mécanisme est simple : une entreprise qui doit consacrer des ressources croissantes à la conformité les retire nécessairement de la recherche, de l’investissement ou de l’embauche. Et quand la marge devient trop mince, elle ferme le site le moins rentable. Ce site, aujourd’hui, c’est celui d’Evonik en Belgique et en Allemagne.
Le coût du travail : une protection qui finit par protéger moins de monde
La Belgique est l’un des pays où le coût du travail par heure est le plus élevé d’Europe. Ce n’est pas une critique du niveau de vie des travailleurs belges : c’est un fait arithmétique. Lorsqu’une direction doit choisir entre deux sites pour concentrer sa production, le coût du travail entre dans le calcul, au même titre que l’énergie et la réglementation.
Les syndicats défendent légitimement leurs membres. Mais défendre le salaire horaire d’aujourd’hui ne suffit pas à garantir le poste de demain, surtout quand les trois composantes du coût de production tirent simultanément dans la même direction. C’est précisément ce qui s’est passé ici.
Ce que ce plan révèle sur l’avenir de la chimie européenne
Evonik n’est pas un cas isolé. BASF, Lanxess, Solvay : plusieurs grands groupes chimiques ont réduit, restructuré ou fermé des capacités en Europe ces dernières années. La chimie n’est pas une industrie en déclin mondial. Elle est en déclin européen, et la différence mérite d’être nommée clairement.
Ce qui aurait pu être fait différemment est précis : maintenir une base d’énergie compétitive, rationaliser le flux réglementaire plutôt que d’en ajouter chaque année, et alléger les charges qui pèsent sur le travail sans pour autant réduire le salaire net. Ces choix n’étaient pas impossibles. Ils ont simplement été constamment différés ou refusés, au nom de principes que 3 200 salariés d’Evonik ne pourront pas encaisser à la fin du mois.