Berlin : victoire de Die Linke à Neukölln, un chef de clan et un militant pro-PFLP à la fête

Illustration : Berlin : victoire de Die Linke à Neukölln, un chef de clan et un militant pro-PFLP à la fête

Die Linke célèbre, et des invités surprises s’invitent à la fête

À Berlin, dans le quartier de Neukölln, Die Linke a fêté sa victoire électorale lors d’une soirée qui a rapidement tourné à la controverse. Parmi les personnes présentes ce soir-là figuraient Issa Remmo, chef du clan Remmo, l’une des familles les plus connues du crime organisé à Berlin, ainsi qu’Ibrahim Ibrahim, un activiste identifié comme soutien de la PFLP, le Front populaire de libération de la Palestine. L’information a été rapportée par le quotidien allemand Berliner Morgenpost et confirmée par plusieurs acteurs politiques cités par la Welt et l’agence de presse DPA.

Qui : Issa Remmo et Ibrahim Ibrahim. Quoi : leur présence à la soirée électorale de Die Linke. Où : Berlin-Neukölln. Quand : lors de la récente soirée électorale du parti. Pourquoi cela pose problème : l’un est à la tête d’un clan criminel notoire, l’autre est lié selon la Welt à des structures proches de la PFLP et du Hamas, deux organisations impliquées dans l’attaque du 7 octobre 2023 contre Israël, qui a coûté la vie à plus de 1 200 personnes.

Ce qu’a dit Remmo, ce que le parti a répondu

Interrogé par la Berliner Morgenpost, Issa Remmo n’a pas cherché à dissimuler sa présence ni sa sympathie pour le parti. « Je me réjouis pour Die Linke », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il se sentait, pour la première fois en Allemagne, soutenu par un parti politique. Il a également pris soin de démentir tout antisémitisme au sein du parti : « Die Linke à Berlin n’est pas hostile aux Juifs », a-t-il affirmé.

Die Linke, de son côté, a rapidement pris ses distances. Jorinde Schulz, membre du bureau du district de Neukölln, a indiqué à la DPA qu’il s’agissait d’une « manifestation publique à laquelle des personnes non invitées pouvaient également accéder ». Elle a précisé que le parti n’avait « ni relation politique ni relation personnelle » avec Remmo, et que sa présence ne figurait pas sur la liste des inscrits.

C’est une explication techniquement recevable. Mais elle ne suffit pas à clore le débat, et les réactions politiques qui ont suivi montrent que personne n’y a trouvé son compte.

Une présence qui dérange au-delà des clivages habituels

Le maire de Berlin, Kai Wegner (CDU), n’a pas tardé à réagir sur le réseau X : « Le fait qu’Issa Remmo apparaisse à la soirée électorale de Die Linke à Berlin est un signal troublant. Un parti qui veut assumer des responsabilités dans notre ville doit rendre absolument clair qu’il n’y a aucune proximité avec des structures appartenant au crime organisé. »

Les Verts ne se sont pas montrés plus indulgents. Nina Stahr, présidente régionale du parti, s’est dite « extrêmement irritée » et a estimé que Die Linke devrait s’expliquer, non seulement sur cet incident, mais aussi sur le débat autour de l’antisémitisme qui agite la section de Neukölln depuis plusieurs semaines. « Il faut une clarification avant toute formation de gouvernement », a-t-elle averti.

Ibrahim Ibrahim, un second nom qui alourdit le tableau

La présence d’Issa Remmo aurait pu rester un incident isolé. Celle d’Ibrahim Ibrahim complique davantage la situation. Selon la Welt, qui cite les recherches de l’ONG democ, cet activiste est un soutien affiché de la PFLP en Allemagne. Il a également été identifié comme membre du « Comité national palestinien uni », décrit dans le rapport 2024 du service de renseignement intérieur de Berlin comme une organisation-parapluie regroupant des structures proches à la fois de la PFLP et du Hamas.

Ce détail n’est pas anecdotique. La PFLP a participé à l’attaque du 7 octobre 2023 contre Israël. Ibrahim Ibrahim était visible ce soir-là en conversation avec Issa Remmo. Le journaliste Alexander Fröhlich du Tagesspiegel a en outre publié une photo le montrant aux côtés de Ferat Koçak, député fédéral de Die Linke.

En août de l’année précédente, le même rapport de la Welt rappelle que la section de Neukölln de Die Linke avait organisé une fête estivale conjointement avec ce même Comité national palestinien uni.

Le confort moral d’un parti qui donne des leçons

Ce qui rend cet épisode particulièrement révélateur, c’est le contraste entre la posture habituelle du parti et ce que cette soirée donne à voir. Die Linke se présente volontiers comme la conscience morale de la vie politique allemande : antiraciste, antifasciste, vigilante sur les questions de droits humains. C’est précisément ce positionnement qui rend difficile l’argument de la porte ouverte à tous.

Quand on bâtit son identité sur la dénonciation des compromissions des autres, la présence simultanée d’un chef de clan et d’un militant lié à des organisations terroristes à sa propre fête de victoire ne se règle pas avec un communiqué de presse. Elle exige une explication sur les fréquentations, les partenariats associatifs passés et la ligne politique réelle du parti sur le terrain, à Neukölln notamment, où les faits documentés s’accumulent depuis des mois.

Ce n’est pas une question de responsabilité directe. C’est une question de cohérence : on ne peut pas exiger des autres une clarté morale absolue tout en cultivant, même involontairement, des zones d’ombre aussi visibles.