L'Italie ramène son déficit sous 3 % du PIB : le redressement budgétaire de Meloni en chiffres

Illustration : L'Italie ramène son déficit sous 3 % du PIB : le redressement budgétaire de Meloni en chiffres

Rome sur la voie du redressement budgétaire

Alors que la Belgique et la France peinent à contenir leurs déficits publics, l’Italie est en passe de franchir un cap symbolique. Ce mercredi 23 septembre 2026, plusieurs sources proches du gouvernement ont confirmé à l’agence BFMTV que Rome prévoit de ramener son déficit budgétaire à 2,9 % du PIB en 2026, contre 3,1 % en 2025. Ce serait la première fois depuis plusieurs années que l’Italie repasse sous le plafond des 3 % imposé par les règles budgétaires de l’Union européenne.

La Première ministre Giorgia Meloni a par ailleurs annoncé ce mois-ci une révision à la hausse des prévisions de croissance italienne, portées à 1 % pour 2026, contre 0,6 % attendus précédemment. L’OCDE, dans ses prévisions actualisées publiées ce même mercredi, confirme la tendance en relevant sa propre estimation à 0,9 % pour 2026, contre 0,5 % en juin dernier, selon BFMTV.

Le contraste avec la France est saisissant : l’OCDE a simultanément abaissé la prévision de croissance française à 0,4 %, pendant que le déficit public tricolore devrait atteindre 5,4 % du PIB cette année.

Ce que ce chiffre signifie concrètement

Passer sous les 3 % de déficit n’est pas qu’une formalité comptable. C’est la condition pour qu’un pays sorte de la procédure pour déficit excessif (PDE), le mécanisme par lequel Bruxelles surveille de près les États membres dont les comptes dérivent. Tant qu’un pays y est soumis, il doit rendre des comptes réguliers à la Commission européenne, justifier ses choix budgétaires et s’exposer, en théorie, à des sanctions.

Le ministre de l’Économie Giancarlo Giorgetti a fait de cette sortie un objectif politique central. Un revers est toutefois venu freiner l’optimisme du gouvernement : l’ISTAT, l’institut national de statistique italien, a confirmé mardi que le déficit 2025 s’établit bien à 3,1 % du PIB, avec même une révision à la hausse de 550 millions d’euros par rapport aux estimations précédentes. “Malheureusement, l’Italie ne sera pas en mesure de sortir de la procédure pour déficit excessif cette année, comme nous l’espérions, mais ceci pourrait arriver en 2027”, a reconnu Giorgetti dans un communiqué, cité par BFMTV.

Pour 2027, Rome vise un déficit à 2,8 % du PIB. La Commission européenne a indiqué qu’elle attendrait des preuves du caractère durable de cet assainissement avant de lever la surveillance.

La leçon que l’Europe du Sud a tirée de 2012

On a souvent présenté les pays du sud de l’Europe comme structurellement incapables de tenir leurs finances. La crise de l’euro en 2012 avait en effet mis sous pression l’Italie, l’Espagne, le Portugal et la Grèce, avec des taux d’emprunt qui s’envolaient et des plans d’austérité douloureux imposés de l’extérieur. Ces pays ont depuis réformé, parfois brutalement, leurs structures de dépenses.

Le résultat est là : plusieurs d’entre eux affichent aujourd’hui des déficits inférieurs à ceux de la France ou de la Belgique, qui n’ont jamais subi la même pression de marché et ont donc différé les ajustements. Ce n’est pas un hasard. Quand les marchés financiers commencent à douter de la solvabilité d’un État, les taux d’intérêt sur sa dette montent. Chaque euro supplémentaire emprunté coûte davantage. L’État se trouve alors face à une réalité arithmétique que les discours politiques ne peuvent pas effacer : dépenser moins ou payer plus cher pour continuer à dépenser autant. La Belgique et la France n’ont pas encore vécu cette contrainte dans toute sa brutalité. Elles y viendront, à moins d’agir avant.

Un régime fiscal pour attirer les contribuables aisés, à l’opposé du choix belge

Il y a un détail que les partisans d’une fiscalité toujours plus lourde en Belgique préfèrent ne pas regarder de trop près : l’Italie a mis en place ces dernières années un régime fiscal préférentiel destiné à attirer des résidents étrangers fortunés, ou des Italiens rentrés de l’étranger. Ces dispositifs permettent à des contribuables à hauts revenus de bénéficier de conditions fiscales avantageuses pendant une période déterminée.

L’objectif est direct : faire entrer de l’argent dans le pays plutôt que d’en faire fuir les détenteurs. Ces personnes consomment, investissent, emploient, et paient des impôts, même réduits, plutôt que de s’installer ailleurs et de n’en payer aucun en Italie. C’est précisément la logique inverse de ce que plusieurs partis belges défendent en ce moment, à savoir augmenter encore la pression fiscale sur les revenus les plus élevés et sur le capital.

La question n’est pas morale. Elle est mécanique : si taxer davantage les riches les conduit à partir, les recettes supplémentaires attendues ne se matérialisent pas, et les contribuables restants supportent un fardeau plus lourd pour financer les mêmes dépenses.

Ce que le calendrier de Rome enseigne à Bruxelles

L’Italie n’a pas redressé ses finances en augmentant les impôts à la chaîne. Elle a combiné une maîtrise progressive des dépenses, des incitations à attirer des capitaux et des résidents, et une communication budgétaire crédible auprès de Bruxelles. Le chemin est long : la sortie de la procédure pour déficit excessif n’est pas garantie avant 2027, et la Commission restera vigilante. Mais la direction est claire, et les chiffres la confirment.

La Belgique, dont le déficit reste structurellement élevé sans qu’aucune réforme de fond n’ait encore été menée à terme, pourrait observer cette trajectoire avec moins de condescendance qu’elle n’en a parfois affiché envers ses voisins du Sud.