Réforme du chômage : Molenbeek, Charleroi et d'autres communes face à une bombe financière à retardement
Molenbeek sonne l’alarme : 16,3 millions d’euros de facture supplémentaire d’ici 2029
La commune de Molenbeek-Saint-Jean a tiré la sonnette d’alarme cette semaine : selon 21news.be, près d’un exclu du chômage sur deux concerné par les premières vagues de la réforme se retourne vers le CPAS local. La commune chiffre à 16,3 millions d’euros le surcoût qu’elle devra absorber d’ici 2029, et prévient qu’elle pourrait devoir sacrifier d’autres services publics pour y faire face. En clair : moins de voiries entretenues, moins d’agents communaux, moins d’infrastructures sportives ou culturelles, pour compenser une décision prise par l’État fédéral, sans que les communes aient été consultées sur sa soutenabilité financière.
Le mécanisme est simple à comprendre : quand un chômeur perd son allocation, il n’a pas forcément un emploi qui l’attend. Il a en revanche un droit légal à l’aide sociale. Ce droit s’exerce auprès du CPAS, qui est financé en partie par la commune. Ce que l’État fédéral économise sur les allocations de chômage, il le transfère donc, silencieusement et sans compensation, vers les budgets locaux. Molenbeek vient de poser un chiffre sur ce transfert. D’autres communes devraient faire de même.
Charleroi dans le même couloir : des fondamentaux structurels inquiétants
Molenbeek n’est pas un cas isolé. Charleroi présente un profil structurel très comparable, et les signaux y sont tout aussi préoccupants. La ville carolo cumule un taux de chômage parmi les plus élevés de Wallonie, une dépendance aux revenus de transfert très élevée dans une partie importante de sa population, et un CPAS déjà sous pression chronique. Toute réforme qui fait basculer des milliers d’allocataires vers l’aide sociale aura sur Charleroi un effet mécanique identique à celui que Molenbeek a chiffré, peut-être même amplifié par la taille de la ville.
Ce que ces deux villes partagent va plus loin que les statistiques de chômage. On y retrouve les mêmes dynamiques : une économie informelle significative qui coexiste avec le chômage officiel, des quartiers où le travail déclaré reste l’exception pour une partie de la population active, et une tradition politique locale construite sur la gestion de l’assistanat plutôt que sur sa réduction. Ce dernier point n’est pas un jugement moral : c’est une réalité électorale. Les majorités communales dans ces villes ont historiquement eu intérêt à maintenir un lien de dépendance entre les habitants et les services publics locaux. Couper ce lien, même partiellement, c’est fragiliser une base électorale.
La structure politique du problème
Molenbeek est depuis des décennies un fief socialiste. Charleroi aussi. Ce n’est pas un hasard si ces villes sont aujourd’hui les plus exposées aux conséquences d’une réforme du chômage portée par un gouvernement fédéral de droite : elles ont géré leur tissu social d’une façon qui maximisait le passage par les services publics, et minimisait les incitations à sortir du système. Résultat : quand le robinet fédéral se resserre, le réservoir communal déborde.
D’autres communes bruxelloises et wallonnes sont dans des situations comparables, même si elles n’ont pas encore publié de chiffres aussi précis que Molenbeek. Saint-Josse-ten-Noode, Anderlecht, Seraing ou encore Liège partagent plusieurs de ces caractéristiques : forte proportion de bénéficiaires d’allocations, tissu économique formel fragile, et budgets communaux déjà tendus avant même que la réforme ne produise tous ses effets.
Ce que personne ne comptait, et qui va coûter très cher
Le problème de fond, c’est que la réforme du chômage a été conçue et défendue à l’échelle fédérale, avec des projections d’économies budgétaires qui ne tenaient pas compte de ce que les communes allaient devoir absorber. C’est un transfert de charge discret : l’État présente une économie, les communes enregistrent une dépense, et le solde global pour les finances publiques est bien moins flatteur qu’annoncé.
Pour le ménage molenbeekois qui voit sa piscine communale fermer ou l’entretien de son quartier se dégrader, l’explication est abstraite. Mais la réalité est concrète : une décision prise à Bruxelles dans les cabinets fédéraux se traduit par des services en moins dans sa rue, financés par des impôts locaux qui, eux, ne baisseront pas.
Sortir du piège : ce qui aurait dû être fait différemment
Une réforme du chômage qui n’intègre pas, dès sa conception, le coût de report sur les CPAS et les communes n’est pas une réforme complète. Elle déplace un problème sans le résoudre. Pour que la réduction des allocations produise réellement des économies publiques nettes, elle doit s’accompagner de deux choses que ni Molenbeek ni Charleroi n’ont jusqu’ici encouragées activement : un assouplissement réel du marché du travail local, et une réduction des barrières administratives et fiscales qui rendent le travail déclaré moins attractif que l’aide sociale pour une partie des habitants concernés. Sans cela, la facture ne disparaît pas. Elle change juste d’adresse.