Élections en Espagne le 29 novembre : le Parti Populaire grand favori après la dissolution convoquée par Pedro Sánchez

Illustration : Élections en Espagne le 29 novembre : le Parti Populaire grand favori après la dissolution convoquée par Pedro Sánchez

Sánchez convoque les Espagnols aux urnes pour le 29 novembre 2026

Le président du gouvernement espagnol Pedro Sánchez a annoncé le 5 octobre 2026, depuis La Moncloa, la convocation d’élections générales pour le 29 novembre prochain. La dissolution du Parlement sera publiée au Journal officiel de l’État espagnol dès le lendemain. En cause : une législature marquée par les blocages parlementaires répétés et une coalition progressiste qui peine à gouverner. Le Parti Populaire (PP) est aujourd’hui donné grand favori par les sondages, dans un pays épuisé par trois ans d’instabilité politique.

Un discours de bilan, une réalité plus complexe

Dans son allocution institutionnelle, Pedro Sánchez a dressé un bilan volontiers flatteur de son gouvernement de coalition. Il a notamment affirmé que l’Espagne était devenue « l’économie qui croît le plus et qui crée le plus d’emplois dans toute l’Union européenne », et que le pouvoir d’achat des Espagnols avait progressé « trois fois plus qu’en France et en Allemagne » (selon La Moncloa).

Ces chiffres, s’ils sont exacts, ne racontent pas tout. L’Espagne reste l’un des pays de la zone euro où le chômage, en particulier chez les jeunes, pèse structurellement sur l’économie. Les mesures de contrôle des loyers, présentées comme une réponse au droit constitutionnel au logement, ont dans les faits découragé les propriétaires d’investir et réduit l’offre disponible dans plusieurs grandes villes. Quand on empêche le prix de signaler la réalité du marché, ce n’est pas le problème qui disparaît : c’est l’appartement.

Sánchez a également reconnu avoir dû affronter un « Congrès très conflictuel » où les tentatives de blocage ont été permanentes. Ce qu’il présente comme de l’obstruction, ses adversaires le décrivent comme le refus légitime d’une majorité relative de valider des politiques qu’elle juge coûteuses et inefficaces. Les deux lectures existent. Mais c’est bien l’incapacité à construire une majorité stable, après trois ans au pouvoir, qui a rendu cette dissolution inévitable.

Le PP favori dans un pays qui cherche une autre direction

Le Parti Populaire aborde cette campagne en position de force. Les enquêtes d’opinion le créditent d’une avance significative sur le PSOE de Sánchez, dans un pays où la question du logement, de la fiscalité et de la sécurité dominent les préoccupations quotidiennes. Alberto Núñez Feijóo, leader du PP, a fait de la stabilité gouvernementale et de la maîtrise des dépenses publiques ses deux axes principaux.

La dynamique n’est pas propre à l’Espagne. Elle s’inscrit dans un mouvement plus large qui traverse le continent depuis plusieurs années.

L’Europe qui pivote : un signal que Madrid ne peut ignorer

Aux Pays-Bas, en Italie, en Suède, en Finlande, en Autriche ou encore en France, des gouvernements ou des coalitions à dominante droite et centre-droit ont pris le pouvoir ou considérablement renforcé leur influence ces dernières années. Le mouvement n’est pas idéologique au sens abstrait du terme : il traduit une lassitude concrète des électeurs face à des politiques qui promettent la redistribution et livrent la dette, qui annoncent la transition et produisent la facture énergétique, qui défendent le pouvoir d’achat et laissent l’inflation s’installer.

Le mécanisme est simple : quand une dépense publique est financée par l’emprunt ou par l’impôt, quelqu’un paie. Ce quelqu’un vote. Et il commence à calculer.

En Espagne, les ménages de la classe moyenne ont vu leurs charges fiscales augmenter, leurs loyers flamber malgré les régulations, et les services publics auxquels ils cotisent se dégrader dans plusieurs régions. Sánchez leur répond que la croissance est là et que les inégalités ont baissé. C’est peut-être vrai en moyenne. Mais la moyenne ne paie pas le loyer de janvier.

Ce que le 29 novembre dira vraiment

L’enjeu de ce scrutin dépasse la seule alternance entre deux partis. Il posera une question simple aux électeurs espagnols : qui doit décider de l’usage de leur argent, eux ou l’État ?

Si le PP l’emporte, comme les sondages l’anticipent, ce ne sera pas parce que les Espagnols auraient soudainement changé de valeurs. Ce sera parce qu’ils auront calculé, bilan en main, que le coût réel de trois ans de gouvernement progressiste n’a pas été couvert par les bénéfices promis. C’est ce calcul-là, discret et personnel, que les urnes du 29 novembre traduiront en sièges.