Marine Le Pen obtiendrait 10 % des voix belges si elle se présentait à la présidentielle française

Illustration : Marine Le Pen obtiendrait 10 % des voix belges si elle se présentait à la présidentielle française

Un sondage qui interroge les Belges sur la présidentielle française de 2027

La campagne pour l’élection présidentielle française de 2027 commence à structurer le débat politique bien au-delà des frontières de l’Hexagone. En Belgique, la chaîne LN24 a commandé une enquête originale à l’institut Dedicated Research : si les Belges pouvaient voter au premier tour de la prochaine présidentielle française, pour qui glisseraient-ils un bulletin dans l’urne ? Les résultats, publiés ce mardi 15 septembre 2026 selon La DH, sont aussi révélateurs par ce qu’ils disent que par ce qu’ils taisent.

L’enquête a été menée auprès de 1 502 Belges âgés de 18 ans et plus, interrogés par internet entre le 13 et le 24 août 2026. La marge d’erreur pour des fréquences proches de 50 % est de 2,53 %, précise La DH.

L’abstention, premier parti des Belges

Avant de regarder qui arrivent en tête des candidats, un chiffre s’impose : 47 % des répondants n’auraient pas voté, dont 32 % qui déclarent qu’ils ne se seraient tout simplement pas déplacés, et 15 % qui auraient glissé un bulletin blanc. C’est presque le double du taux d’abstention enregistré lors de la présidentielle française de 2022, où il atteignait 28,01 % selon La DH.

La distance géographique explique sans doute une partie de ce désintérêt. Mais il serait trop rapide de s’arrêter là : en Belgique, le vote est obligatoire. L’abstention volontaire est une posture politique rare dans le pays, ce qui rend ce score particulièrement significatif.

Marine Le Pen en tête, devant Hollande et Bardella

Parmi ceux qui auraient voté, Marine Le Pen arrive en première position avec 10 % des intentions de vote. Elle est suivie de François Hollande, ancien président socialiste, qui récolte 8 %, puis de Jordan Bardella (Rassemblement national) à 6 %, Marine Tondelier (Les Écologistes) à 5 % et Jean-Luc Mélenchon (La France Insoumise) à 4 %.

Ces chiffres méritent d’être lus avec soin. Marine Le Pen obtient 28 % des intentions chez les électeurs du Vlaams Belang, ce qui n’a rien d’étonnant. Ce qui interpelle davantage, c’est qu’elle recueille 14 % chez les électeurs du MR, devançant même les sympathisants N-VA (12 %). Elle attire également 8 % des électeurs Ecolo, 7 % des électeurs du PTB, 7 % des électeurs DéFI et 4 % des électeurs PS, selon La DH.

Sur le plan démographique, elle séduit davantage les hommes (13 %) que les femmes (7 %), et touche particulièrement la tranche des 35-54 ans. Géographiquement, sa popularité est remarquablement stable : 10 % en Flandre, 10 % en Wallonie, 9 % à Bruxelles.

Ce que ce sondage dit du débat politique belge

Thibaut Roland, directeur d’antenne de LN24, résume l’intention de l’exercice : «Notre but était de surfer sur la présidentielle française et de la belgiciser. C’est l’occasion de vérifier la porosité entre le débat politique français et le débat politique belge.», rapporte La DH.

Cette porosité existe, manifestement. Et elle soulève une question que certains préféreraient éviter : pourquoi des électeurs Ecolo, PTB ou MR, dont les programmes sont aux antipodes de celui du Rassemblement national, cocher malgré tout le nom de Marine Le Pen ?

La réponse n’est pas dans le sondage. Mais elle ne se trouve pas non plus dans la censure ou dans le refus d’en parler.

Débattre plutôt qu’interdire : la vraie question de fond

Depuis des années, une partie du paysage médiatique et politique francophone fonctionne selon un principe non écrit : certaines idées ne méritent pas d’être discutées, elles méritent d’être tues ou condamnées. Le résultat de cette stratégie est visible dans les urnes partout en Europe.

Traiter un électeur comme quelqu’un d’incapable de peser un argument et d’en détecter les failles, c’est lui retirer sa capacité de jugement. C’est aussi, au passage, lui donner une bonne raison de se méfier de ceux qui prétendent raisonner à sa place.

La liberté d’expression n’est pas un privilège accordé aux idées qu’on approuve. Elle est précisément le mécanisme qui permet à une société de trier le vrai du faux, le solide du fragile, par la confrontation des arguments et non par leur suppression. Quand un journaliste ou un élu décide qu’une idée n’a pas droit de cité, il ne protège pas la démocratie : il court-circuite le seul processus qui permettrait de la contredire efficacement.

Un sondage qui place Marine Le Pen en tête des préférences belges n’est pas une menace. C’est une information. Elle dit quelque chose sur l’état du débat public, sur les attentes non satisfaites d’une partie de la population, sur les angles morts de la politique mainstream. L’ignorer ou la disqualifier ne fait pas disparaître ces attentes. Cela les laisse prospérer sans réponse.