Énergie chère : quand l'État veut éteindre un incendie qu'il a lui-même allumé
L’État cherche dix milliards et songe à calmer la grogne sur l’énergie
Face à la pression populaire liée aux prix élevés de l’énergie et du mazout de chauffage en particulier, le gouvernement belge envisage cette semaine une intervention publique pour alléger la facture des ménages. Le problème : l’État doit simultanément trouver plus de dix milliards d’euros pour combler un déficit budgétaire béant. Ce sont donc les mêmes mains qui cherchent l’argent d’un côté et promettent de le redistribuer de l’autre.
Plus de la moitié du prix à la pompe, c’est déjà l’État
Avant de parler d’aide, posons un chiffre que les communiqués officiels mentionnent rarement : sur le prix que vous payez à la pompe ou pour remplir votre cuve à mazout, plus de la moitié correspond à des taxes et des accises, c’est-à-dire des prélèvements obligatoires reversés au budget de l’État.
Ce n’est pas une anomalie récente. C’est une construction délibérée, couche après couche, qui remonte à des décennies. Chaque fois que les recettes publiques manquaient ou qu’une politique climatique réclamait un signal de prix, c’est la fiscalité sur les carburants et les combustibles qui a servi d’ajustement variable.
Résultat concret : quand le baril de pétrole monte de 10 %, vous le sentez directement à la pompe. Mais quand il redescend de 10 %, vous ne le sentez jamais autant, parce qu’une part fixe de la facture ne bouge pas : elle s’appelle taxe, et elle reste.
La fronde populaire et le réflexe politique qui l’accompagne
La grogne sur les prix de l’énergie est réelle et compréhensible. Un ménage qui chauffe au mazout subit une pression budgétaire directe, immédiate, sur ses fins de mois. Cette réalité ne se discute pas.
Ce qui se discute, en revanche, c’est le réflexe qui consiste à présenter l’État comme le pompier alors qu’il est aussi le pyromane. La pression sur les prix de l’énergie en Belgique ne vient pas uniquement des marchés internationaux. Elle vient aussi :
- d’années de taxes énergétiques accumulées au nom du financement public et de la transition climatique ;
- de décisions politiques qui ont réduit la capacité de production électrique nationale, obligeant à importer davantage à des prix de marché plus élevés ;
- d’une réglementation sur le marché du gaz et de l’électricité qui a complexifié l’offre sans la rendre moins chère.
Chacune de ces décisions avait ses partisans et ses justifications. Certaines étaient même défendables prise isolément. Mais l’addition, elle, est là, sur la facture du consommateur.
Distribuer de l’argent qu’on n’a pas : la mécanique du problème
L’État belge cherche plus de dix milliards d’euros pour équilibrer ses comptes. Dans ce contexte, une intervention sur les prix de l’énergie peut prendre deux formes.
La première : réduire les taxes et accises sur les carburants et combustibles. C’est techniquement une bonne idée. Redonner du pouvoir d’achat en prélevant moins, c’est cohérent. Mais dans un budget en déficit, chaque euro de recette fiscale en moins est un euro que l’État devra trouver ailleurs, emprunter sur les marchés, ou couper dans une autre dépense. Ce n’est pas gratuit : c’est un transfert de charge, vers le contribuable futur ou vers d’autres postes.
La seconde : créer une aide directe, un chèque énergie, un fonds de compensation. Là, la question est encore plus simple. Avec quel argent ? Un État qui cherche dix milliards ne peut pas simultanément en distribuer sans creuser davantage le déficit, c’est-à-dire sans alourdir la dette que les ménages belges, précisément ceux que l’on veut aider, devront rembourser demain sous forme d’impôts ou de services publics réduits.
C’est le coût que personne ne comptabilise dans les annonces : l’aide d’aujourd’hui est la taxe de demain.
Ce que l’intervention ne dira pas
Une intervention sur les prix de l’énergie envoie un message aux ménages : le prix que vous voyez n’est pas le vrai prix. Ce faisant, elle retire une information essentielle. Si l’énergie paraît moins chère qu’elle ne l’est réellement, les comportements ne s’ajustent pas : on isole moins son logement, on reporte l’achat d’une chaudière plus efficace, on ne cherche pas d’alternative. L’aide consommée aujourd’hui ne produit aucune économie demain.
Ce qui aurait du sens, dans ce cas précis
Si le gouvernement veut agir de façon honnête sur la facture énergétique, la voie la plus directe est connue : abaisser durablement la fiscalité sur les carburants et les combustibles de chauffage, en compensant la perte de recettes par une réduction équivalente des dépenses publiques, pas par un emprunt supplémentaire.
Ce serait rendre aux ménages ce qu’on leur a pris, sans leur faire payer la note une deuxième fois. C’est moins spectaculaire qu’une annonce d’aide d’urgence. C’est aussi nettement plus honnête.