Le MR contre une hausse de la TVA : bonne intuition, mais pour quelles raisons ?
Le MR tire la sonnette d’alarme sur la TVA
Georges-Louis Bouchez, président du MR et titulaire du compte X @GLBouchez, a publié ce dimanche 27 septembre 2026 une prise de position intitulée « Augmenter la TVA en Belgique : Fausse bonne idée ? ». Il y interroge publiquement l’opportunité d’une hausse de la taxe sur la valeur ajoutée, alors que le gouvernement fédéral cherche à trouver près de 10 milliards d’euros pour redresser les finances publiques. Une sortie qui mérite qu’on s’y arrête, en examinant ce que cette mesure coûterait vraiment, et à qui.
Georges-L BOUCHEZ@GLBouchezAugmenter la TVA en Belgique : Fausse bonne idée ? x.com/i/broadcasts/1…
10 milliards à trouver : toutes les pistes sont sur la table
La Belgique doit combler un trou budgétaire considérable. Dans la panoplie des mesures évoquées par les différents partis et cercles de réflexion, la hausse du taux de TVA revient régulièrement. Elle a une apparence séduisante : elle rapporte vite, elle touche tout le monde, et elle est simple à administrer.
Il faut d’ailleurs reconnaître que la TVA est, parmi les impôts existants, l’un des moins mal conçus. Son principe est direct : on paie en proportion de ce qu’on consomme. L’acheteur d’une Lamborghini s’acquitte d’une TVA bien plus élevée en valeur absolue que celui qui rentre chez lui avec une Dacia. La TVA ne décourage pas le travail, ne pénalise pas l’investissement, et ne crée pas de distorsions majeures entre entreprises. Sur le papier, c’est un prélèvement relativement neutre.
Mais « relativement neutre » ne signifie pas « sans conséquences ». Et en ce moment précis, les conséquences d’une hausse seraient particulièrement mal venues.
L’inflation comme premier dommage collatéral
Augmenter la TVA, c’est mécaniquement augmenter les prix à la consommation. Chaque point de TVA supplémentaire se répercute immédiatement sur la facture du ménage, que ce soit à la caisse du supermarché, chez le garagiste ou chez le plombier.
Or l’inflation est déjà orientée à la hausse. Et l’arrivée des températures froides va vraisemblablement l’accentuer : les factures d’énergie repartent, les coûts de chauffage pèsent davantage sur les budgets. Injecter une hausse de TVA dans ce contexte, c’est ajouter une pression supplémentaire sur des prix qui montent déjà.
L’indexation automatique : la spirale que personne ne chiffre
C’est ici que le mécanisme belge produit ses effets les plus pervers. La Belgique est l’un des rares pays européens à pratiquer l’indexation automatique des salaires : quand les prix montent, les salaires suivent, quasi automatiquement.
Une hausse de TVA fait donc monter l’inflation, ce qui déclenche une indexation, ce qui fait monter la masse salariale. Pour les entreprises privées, cela signifie des coûts de personnel plus élevés, sans que leur productivité ait progressé d’un centimètre. La compétitivité se dégrade, les marges se compriment, et certaines décisions d’investissement ou d’embauche sont repoussées.
Pour les pouvoirs publics, le calcul est encore plus cruel : l’État, les Régions et les Communes emploient des centaines de milliers de fonctionnaires. Leurs salaires s’indexent aussi. Une partie du rendement espéré de la hausse de TVA serait donc immédiatement absorbée par une hausse des dépenses publiques. On pompe d’un côté, on fuit de l’autre.
70 % du PIB, c’est la consommation des ménages
Le troisième effet est peut-être le plus structurel. La consommation privée représente environ 70 % du PIB belge. Ce chiffre dit une chose simple : quand les ménages dépensent moins, l’économie ralentit. Quand les ménages dépensent plus, elle accélère.
Une hausse de TVA réduit le pouvoir d’achat réel des familles. Elles achètent moins, ou achètent moins cher, ou diffèrent leurs achats. Les commerces encaissent la baisse. Les recettes d’impôt sur les sociétés reculent. Les recettes de TVA elle-même peuvent finir par décevoir les projections initiales, si la base taxable se rétrécit.
C’est ce qu’on appelle un effet de retour : la mesure censée renflouer les caisses contribue à appauvrir la base sur laquelle elle est prélevée.
Ce qu’il faudrait faire à la place
Pointer ce que coûterait une hausse de TVA n’équivaut pas à dire que les 10 milliards n’ont pas à être trouvés. Ils doivent l’être. Mais la question n’est pas seulement « comment lever plus de recettes ? » : c’est aussi « comment réduire des dépenses dont personne ne contrôle vraiment l’efficacité ? »
Un audit sérieux des transferts, des doublons institutionnels et des dispositifs dont le coût dépasse les bénéfices mesurables produirait des économies sans déclencher la spirale inflation-indexation-déficit décrite ci-dessus. C’est moins visible qu’un ajustement de taux. C’est aussi nettement moins dangereux, dans un contexte économique où les ménages belges n’ont pas besoin d’une pression supplémentaire sur leur budget.