Les élèves et étudiants dénoncent le manque de moyens : qui paie vraiment la facture ?

Illustration : Les élèves et étudiants dénoncent le manque de moyens : qui paie vraiment la facture ?

Des étudiants dans la rue, et une ministre qui répond

Ce jeudi 8 octobre 2026, la ministre de l’Éducation Valérie Glatigny réagit publiquement aux accusations portées par un mouvement étudiant liégeois, selon RTL Info. Le compte @rtlinfo pose la question sans détour : le mouvement serait-il instrumentalisé par l’extrême gauche politique ? La controverse illustre un phénomène plus large, où l’anxiété réelle des jeunes générations sert de carburant à des discours qui promettent beaucoup sans dire qui paie.

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Une instrumentalisation du mouvement étudiant liégeois par l’extrême gauche politique ? Valérie Glatigny répond rtl.be/actu/belgique/…

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À Liège, la tension est montée d’un cran. Selon RTL Info, le bourgmestre Willy Demeyer a été pris à partie par un groupe de jeunes masqués. Derrière les masques et les slogans, il y a une vraie question, légitime, que les jeunes posent à la société : auront-ils les moyens de vivre dignement ? La réponse mérite mieux qu’un tract.

Une anxiété réelle, des promesses creuses

Les jeunes qui descendent dans la rue ne se trompent pas sur leur diagnostic de départ. Ils vont hériter d’une société sous pression : finances publiques dégradées, pensions par répartition sous tension, services publics qui peinent à se réformer. Leur inquiétude est fondée.

Ce qui est moins fondé, c’est la solution qu’on leur vend. Certains partis, à commencer par ceux qui s’affichent à gauche de la gauche, leur expliquent que l’argent existe, qu’il est simplement mal distribué, et qu’il suffit d’aller le chercher chez les plus riches pour financer davantage d’éducation, davantage de services, davantage de tout. C’est un récit séduisant. C’est aussi un récit incomplet, et cette incomplétude coûte cher.

Ce que le discours sur les « riches » ne montre pas

Quand un parti promet de financer l’école publique en taxant davantage les hauts revenus ou les grandes fortunes, il omet systématiquement plusieurs éléments.

D’abord, les hauts revenus et les patrimoines sont mobiles. Ils se déplacent, se restructurent, s’organisent. La base fiscale que l’on croit saisir rétrécit dès qu’on annonce vouloir la saisir. Ce n’est pas une théorie : c’est ce que les États observent à chaque fois qu’ils tentent l’exercice sans coordination internationale sérieuse.

Ensuite, la Belgique dépense déjà massivement pour l’enseignement. Le budget de l’éducation, réparti entre l’État fédéral et les entités fédérées, représente l’une des parts les plus élevées des dépenses publiques du pays. La question n’est donc pas uniquement celle du volume d’argent injecté, mais de ce que cet argent produit réellement en termes d’apprentissage, d’insertion et de mobilité sociale.

Dire cela n’est pas nier les difficultés des enseignants, ni minimiser les classes surchargées ou les bâtiments vétustes. C’est refuser que ces problèmes réels servent à justifier n’importe quelle dépense supplémentaire, sans jamais demander ce qu’elle changera concrètement pour un élève assis dans une salle de cours à Liège ou à Charleroi.

Le déficit comme faux remède

Il y a une autre promesse implicite dans le discours étudiant tel qu’il est organisé par certaines formations politiques : celle que l’État peut continuer à s’endetter pour financer ce que le présent ne peut pas payer. La dette publique belge dépasse les 100 % du PIB depuis plusieurs années. Chaque euro emprunté aujourd’hui est un euro que les générations futures, celles-là mêmes qui manifestent, devront rembourser avec intérêts.

Quand un parti dit aux jeunes qu’il va investir massivement dans l’éducation sans préciser d’où viendra l’argent, il leur fait en réalité une promesse qu’il leur refilera l’addition. C’est une forme de générosité qui se fait avec l’argent de ceux à qui on prétend rendre service.

Ce qui dure et ce qui s’effondre

Les systèmes fondés sur le principe qu’un groupe finance indéfiniment les exigences croissantes d’un autre groupe ont tous, à un moment ou à un autre, rencontré leurs limites. Les pensions par répartition en Belgique en sont l’exemple le plus documenté : elles reposent sur un rapport entre actifs et pensionnés qui se dégrade mécaniquement avec le vieillissement de la population. L’éducation financée par la collectivité obéit à une logique similaire : elle exige une base productive solide pour exister.

Ce n’est pas un argument contre l’école publique. C’est un argument pour qu’on la gère de façon à ce qu’elle tienne dans la durée, plutôt que de promettre toujours plus sans jamais réformer ce qui ne fonctionne pas.

Rendre des comptes, concrètement

Ce que les jeunes méritent, ce n’est pas qu’on exploite leur idéalisme pour des gains électoraux à court terme. C’est qu’on leur explique honnêtement l’état des finances publiques, les choix qui ont été faits avant eux, et ceux qui restent à faire. Valérie Glatigny, en choisissant de répondre publiquement à la question de l’instrumentalisation, prend au moins le risque du débat. C’est un début.

Les organisations et partis qui promettent aux étudiants que l’argent magique existe quelque part devraient, eux, être tenus de chiffrer leurs propositions, poste par poste, avec les hypothèses fiscales et les effets de bord. Pas par idéologie : par respect pour ceux à qui ils s’adressent.