4 travailleurs belges sur 10 n'obtiennent aucune augmentation individuelle hors indexation automatique
L’indexation masque une réalité salariale préoccupante
Michel Henrion (@michelhenrion) a publié ce 24 septembre 2026 un constat qui devrait interpeller : quatre travailleurs belges sur dix ne reçoivent aucune augmentation salariale individuelle en dehors de l’indexation automatique obligatoire. Hors indexation, la hausse médiane des salaires tomberait à seulement +0,89 %, et seuls 16 % des travailleurs auraient obtenu une véritable revalorisation de leur rémunération.
michel henrion@michelhenrion4 travailleurs Belges sur 10 ne reçoivent plus aucune #augmentation #salariale individuelle en dehors de l'indexation automatique obligatoire. Hors indexation, la hausse médiane des salaires s'effondre à seulement +0,89 %. Seuls 16 % des travailleurs ont obtenu une hausse

Ce que l’indexation automatique cache réellement
L’indexation des salaires est présentée depuis des décennies comme un acquis social, une protection contre l’inflation. Et elle protège, c’est vrai, contre la perte de pouvoir d’achat nominale. Mais elle crée une illusion : elle donne l’apparence d’une progression salariale là où il n’y a, en réalité, qu’un maintien du niveau de vie existant.
Le salarié qui reçoit une indexation de 2 % ne gagne pas plus qu’avant en termes réels. Il ne perd pas non plus, ce qui n’est pas rien. Mais quand cette indexation devient l’unique mouvement sur la fiche de paie pour 40 % des travailleurs, on n’est plus en présence d’une dynamique salariale : on est en présence d’un marché figé.
La hausse médiane hors indexation de +0,89 % mentionnée par Michel Henrion dit exactement cela. Moins d’un pour cent d’augmentation réelle, pour la moitié des travailleurs qui ont quand même obtenu quelque chose. Pour l’autre moitié, rien.
Qui décide du salaire, et à quel niveau ?
La Belgique dispose d’un système de négociation salariale à plusieurs étages : interprofessionnel, sectoriel, et enfin individuel ou d’entreprise. En théorie, chaque étage permet d’affiner. En pratique, les deux premiers étages consomment une grande partie de la marge disponible, et le troisième, le plus proche du travailleur réel, hérite des miettes.
La norme salariale, fixée au niveau fédéral, plafonne les augmentations que les entreprises peuvent accorder au-delà de l’index. Elle a été établie, pour la période 2025-2026, à 0 % de marge supplémentaire en termes réels. Autrement dit, les entreprises qui auraient voulu récompenser un collaborateur performant, fidéliser un talent ou répondre à une pression du marché n’en avaient légalement pas la possibilité, sauf à jouer sur des avantages extralégaux soumis à leur propre plafonnement.
Le chiffre de 16 % de travailleurs ayant obtenu une hausse réelle s’explique ainsi en partie : ce sont ceux dont la situation relève d’une exception négociée, d’un secteur particulier, ou d’une ancienneté qui déclenche automatiquement un échelon barémique. Pas d’une reconnaissance individuelle de leur contribution.
L’impôt qui efface ce que le patron accorde
Il y a un autre mécanisme, moins visible mais tout aussi réel. Quand une entreprise parvient malgré tout à accorder une augmentation brute, le travailleur n’en voit pas la totalité sur son compte en banque. La fiscalité belge sur les revenus du travail est l’une des plus lourdes d’Europe, avec des taux marginaux qui s’appliquent à partir de seuils peu élevés.
Ces seuils, eux, ne sont pas systématiquement ajustés au même rythme que les salaires. Un travailleur dont le salaire brut augmente de 2 % peut donc très bien franchir un palier fiscal supplémentaire et se retrouver avec un net qui progresse de moins de 1 %. L’entreprise a dépensé plus. Le travailleur a reçu peu. L’État a perçu la différence.
Ce ciseau entre le coût pour l’employeur et le gain pour le salarié est précisément ce qui décourage les augmentations individuelles : le signal de reconnaissance que l’entreprise envoie est considérablement atténué avant même d’arriver à destination.
Ce qu’il faudrait changer pour que les salaires bougent vraiment
Le diagnostic que pose Michel Henrion n’est pas anecdotique. Il décrit le résultat concret d’un marché du travail dont les règles ont été construites couche par couche, chaque couche limitant un peu plus la capacité d’une entreprise et d’un salarié à se mettre librement d’accord sur une rémunération.
Si l’on veut que les salaires progressent réellement, et pas seulement nominalement grâce à l’index, la question à poser est simple : qui est le mieux placé pour savoir ce que vaut tel poste, dans telle entreprise, pour tel profil ? La réponse évidente est : l’employeur et le salarié, pas une commission paritaire nationale qui ne connaît ni l’un ni l’autre.
Cela ne signifie pas supprimer toute protection. Cela signifie que chaque règle qui fixe un plafond, chaque norme qui interdit une hausse, chaque palier fiscal qui ronge le net avant qu’il atteigne le salarié est un obstacle concret à la progression réelle des rémunérations.
Les 40 % de travailleurs sans augmentation individuelle ne sont pas le signe que les entreprises belges ne veulent pas payer leurs salariés. Ils sont le signe que le système a été conçu pour que cette décision leur échappe.