Les adultes sans enfants achètent désormais plus de jouets que les familles : une croissance de 16 % qui redessine le marché

Illustration : Les adultes sans enfants achètent désormais plus de jouets que les familles : une croissance de 16 % qui redessine le marché

Les adultes, nouveaux moteurs du marché du jouet

Un chiffre surprend : les ménages composés uniquement d’adultes achètent aujourd’hui plus de jouets que ceux qui ont des enfants. Selon les données du cabinet d’études de marché Circana, les ventes de jouets dans ces foyers ont progressé de 16 % sur le premier semestre de l’année, représentant désormais 55 % des recettes totales du secteur. C’est dans ce contexte que Toys ‘R’ Us a annoncé l’ouverture de 120 nouveaux magasins autonomes pour la saison des fêtes, portant le total à 160 points de vente avant Noël, aux États-Unis.

Ce basculement n’est pas anecdotique. Il marque un changement structurel dans la façon dont les adultes consomment, et il pose une question économique simple : pourquoi dépenser pour un jouet quand on n’a pas d’enfant à la maison ?

Ce que les chiffres disent réellement

Les données de Circana (source : NBC News) sont précises. Les ventes de jouets auprès de l’ensemble des adultes progressent de 25 % sur la même période. Chez les adolescents, la hausse atteint 33 %. Ensemble, ces deux groupes ont généré près de 60 % des gains incrémentaux en valeur du secteur au cours du premier semestre.

C’est le résultat le plus solide depuis six ans pour le secteur en début d’année.

Les marques qui tirent cette dynamique ne sont pas des inconnus : Pokémon, LEGO, Hot Wheels, Marvel, Star Wars, les grandes ligues sportives américaines comme la NFL ou la MLB. Des univers qui ont accompagné une génération devenue adulte, et qui continuent de l’accompagner sous de nouvelles formes.

Le jouet comme loisir, collection et expérience sociale

Kristen McLean, vice-présidente chargée des insights clients au sein du groupe Circana, résume le phénomène sans détour : le jouet fonctionne de moins en moins comme un produit pour enfants, et de plus en plus comme un objet de loisir, un écosystème de fan ou une expérience partagée. Ce glissement élargit mécaniquement la base d’acheteurs potentiels.

Il y a ici quelque chose d’important à comprendre. Quand un adulte achète une boîte LEGO Botanicals ou une figurine Pokémon rare, il ne se trompe pas d’étagère. Il fait un choix cohérent avec ce qu’il valorise : le plaisir de construire, l’appartenance à une communauté de collectionneurs, le fait d’offrir quelque chose à soi-même plutôt qu’à autrui. Ce n’est pas une régression, c’est une préférence révélée.

Et derrière cette préférence, il y a un signal de marché que les fabricants et les distributeurs ont intérêt à lire correctement : l’acheteur adulte n’est pas un parent qui arbitre entre les désirs d’un enfant et son budget. Il décide seul, souvent avec une connaissance précise du produit, et une disposition à payer plus élevée pour la qualité ou la rareté.

Le retour de Toys ‘R’ Us dans ce contexte

C’est précisément ce marché que Toys ‘R’ Us cherche à capter avec son retour en format physique. La chaîne, qui comptait plus de 1 000 magasins aux États-Unis dans ses meilleures années, avait déposé le bilan en 2017, incapable de résister à la concurrence combinée de Walmart, Amazon et du commerce en ligne. Elle est aujourd’hui gérée par WHP Global, un groupe adossé à du capital privé.

L’ouverture de 160 magasins autonomes d’ici la fin de l’année est un pari sur la valeur de l’expérience physique dans un secteur où le numérique domine. Le jouet, précisément parce qu’il est devenu un produit de collection et de passion, se prête bien à ce format : on veut voir, toucher, comparer.

Il est notable que l’annonce officielle de Toys ‘R’ Us ne mentionne pas explicitement les collectionneurs adultes parmi ses cibles déclarées, selon NBC News. Les marques mises en avant, LEGO, Barbie, Hot Wheels, Pokémon et KPop Demon Hunters, parlent pourtant d’elles-mêmes.

Ce que ce marché enseigne sur les choix individuels

Ce que ce renversement illustre, au fond, c’est que la demande ne se décrète pas. Aucune campagne publicitaire ni aucune politique sectorielle n’a décidé que les adultes achèteraient plus de jouets. Les préférences ont évolué, les producteurs ont suivi, et un marché s’est reconfiguré en conséquence.

Le secteur du jouet enregistre ses meilleures performances semestrielles depuis six ans, non pas parce qu’on y a injecté des subventions ou qu’on a protégé les fabricants de la concurrence étrangère, mais parce que des entreprises ont su lire ce que leurs clients voulaient réellement acheter, y compris ceux qu’elles n’avaient pas prévu de servir.

C’est ce mécanisme, simple et souvent sous-estimé, qui transforme une curiosité statistique en moteur de croissance durable.