Allocations familiales en Wallonie : des économies qui menacent des plans de vie déjà tracés

Illustration : Allocations familiales en Wallonie : des économies qui menacent des plans de vie déjà tracés

La Flandre coupe, la Wallonie observe

Dans le cadre de son accord budgétaire, la Flandre vient de décider de supprimer le Groeipakket, l’équivalent flamand des allocations familiales, pour les jeunes de plus de 23 ans, contre 25 ans aujourd’hui. La prime de naissance de 1 310,75 euros, jusqu’ici versée à chaque naissance, ne sera plus accordée qu’au premier enfant. Au total, c’est plus de 1,2 milliard d’euros d’économies sur les dépenses publiques flamandes qui ont été actées, selon VRT NWS. La Wallonie, qui dispose de sa propre compétence en matière d’allocations familiales depuis la sixième réforme de l’État, regarde ce mouvement de près. Selon RTL, des économies similaires y sont envisagées.

Angelus caelis 🎗️🇮🇱@caelisangelus

🇧🇪 Niet halverwege de regels veranderen

Dit is volledig fout.

Nieuwe regels moeten gelden voor wie nu aan het traject begint, niet voor wie al onderweg is. Dat geldt niet alleen voor kindergeld, maar ook voor de pensioenleeftijd en voor alle andere sociale afspraken met de

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Sur X, le compte @caelisangelus a réagi dès le 29 septembre 2026 à cette évolution flamande, estimant qu’on ne change pas les règles en cours de route : les nouvelles conditions doivent s’appliquer à ceux qui commencent leur parcours, pas à ceux qui sont déjà en route. Il étend ce principe aux allocations familiales comme aux pensions, et à l’ensemble des engagements sociaux de l’État.


Ce sentiment mérite d’être pris au sérieux, et pas seulement parce qu’il est populaire.

Ce que des familles ont déjà décidé, sur la foi d’une promesse d’un gouvernement

Imaginez un ménage qui, il y a cinq ans, a calculé qu’il pouvait financer les études supérieures de son enfant. Dans ce calcul, les allocations familiales perçues jusqu’à 25 ans représentaient une ligne de recettes fiable. Le loyer kot, les frais d’inscription, les livres, les transports : tout a été budgété en conséquence. Ce ménage n’a pas commis d’imprudence. Il a fait confiance à une règle existante.

Supprimer cette règle du jour au lendemain, c’est lui retirer rétroactivement une partie du revenu sur lequel il avait construit ses choix. La décision ne coûte rien à ceux qui la prennent. Elle coûte quelque chose de très concret à ceux qui avaient organisé leur vie autour d’elle.

C’est précisément le type d’injustice que pointe @caelisangelus : on ne change pas les règles pour ceux qui sont déjà en chemin. Sur ce point, il a raison. Une mesure d’économie appliquée aux nouveaux entrants dans le système, c’est-à-dire aux enfants qui n’ont pas encore commencé leurs études supérieures, serait cohérente. Appliquée à ceux dont le parcours est en cours, elle confisque ce que les familles avaient déjà intégré dans leur plan financier.

La bonne question que pose un économiste

Reste une autre question, plus fondamentale, que l’économiste Geert Noels pose : à quoi servent exactement les allocations familiales dans leur format actuel ? Ont-elles vocation à soutenir l’enfant dès sa naissance, ou à financer les études supérieures de jeunes adultes qui vivent encore chez leurs parents ?

Ce n’est pas une question rhétorique. Les deux objectifs ne sont pas équivalents, et ils ne méritent pas nécessairement le même instrument. Une allocation versée à la naissance compense un coût réel et immédiat pour tous les parents. Une allocation versée jusqu’à 25 ans à un étudiant qui habite encore au domicile familial ressemble davantage à une subvention déguisée aux ménages qui peuvent se permettre des études longues, c’est-à-dire, souvent, les ménages déjà aisés.

Si l’objectif est de démocratiser l’accès aux études supérieures, d’autres mécanismes cibleraient mieux les familles qui en ont réellement besoin, sans arroser uniformément tout le monde.

La caisse qui redistribue ce qu’elle a d’abord prélevé

Il y a un mécanisme plus large à comprendre ici. Chaque euro distribué par une caisse d’allocations a d’abord été prélevé sur un salaire, une facture ou un achat. Le contribuable qui reçoit ses allocations familiales est souvent le même qui, sous d’autres lignes de son budget, finance celles de ses voisins.

Frédéric Bastiat l’avait formulé avec une précision que les siècles n’ont pas démentie : l’État est une fiction au travers de laquelle tout le monde espère vivre aux dépens de tout le monde. La plupart des citoyens sont sincèrement favorables à recevoir des prestations publiques, et sincèrement réticents à payer davantage pour les financer. Ce n’est pas de la mauvaise foi : c’est une réaction humaine parfaitement cohérente. Mais c’est précisément pourquoi les systèmes de redistribution ont une tendance naturelle à croître, à promettre plus qu’ils ne peuvent tenir, et à devoir couper brutalement quand la réalité arithmétique s’impose.

La Flandre en est là. La Wallonie n’en est pas loin.

Ce que les arbitrages auraient dû ressembler

Couper est parfois inévitable voire utile. La question n’est pas si on coupe, mais comment. Deux principes simples auraient dû guider la décision.

D’abord, ne pas modifier rétroactivement les règles pour ceux qui ont déjà organisé leur vie autour d’elles. Fixer une date d’entrée en vigueur suffisamment éloignée, ou appliquer les nouvelles conditions aux seuls enfants qui n’ont pas encore démarré leur parcours scolaire supérieur, aurait absorbé l’essentiel du choc sans trahir personne.

Ensuite, profiter de ce moment d’arbitrage pour clarifier ce que l’on veut vraiment financer. Soutenir les familles avec enfants en bas âge, concentrer l’aide sur les revenus modestes, ou subventionner les études longues de ménages confortables : ce sont trois politiques différentes, avec trois coûts différents et trois effets différents. Les mélanger dans un seul dispositif universel garantit d’être à la fois coûteux et mal ciblé.

La réforme était nécessaire. La façon de la conduire, elle, était un choix.