Insécurité à Liège et Charleroi : le coût caché qui freine l'économie locale
Quand l’insécurité devient un facteur économique mesurable
À Liège et à Charleroi, deux des plus grandes villes wallonnes, l’insécurité n’est plus seulement un problème social : elle agit désormais comme un frein direct sur l’activité économique locale. Commerçants qui ferment boutique, indépendants qui refusent de s’installer, entreprises qui choisissent d’autres localisations… Le phénomène est documenté, récurrent, et pourtant rarement mis en chiffres. C’est précisément ce silence comptable qui mérite qu’on s’y arrête.
Les deux villes partagent un point commun structurel : elles sont gouvernées depuis des décennies par des majorités socialistes. Ce n’est pas un hasard de calendrier, c’est un contexte qui explique des choix précis, avec des conséquences précises.
Ce que l’insécurité coûte concrètement aux commerçants
Un commerce qui subit des vols réguliers, des incivilités ou des dégradations ne se contente pas de perdre de la marchandise. Il investit dans de la vidéosurveillance, engage du personnel supplémentaire pour la sécurité, adapte ses horaires d’ouverture, et finit souvent par réduire son offre ou fermer. Chacune de ces décisions représente un coût réel, payé par le commerçant, jamais remboursé par la collectivité qui n’a pas réussi à garantir l’ordre public.
Dans les centres-villes de Liège et de Charleroi, la vacance commerciale est visible à l’œil nu. Des rues entières présentent des vitrines condamnées ou transformées en commerces de passage à faible valeur ajoutée, souvent peu regardants sur la provenance de leur clientèle. Ce n’est pas une fatalité géographique : c’est la conséquence d’un environnement où le risque d’exercer une activité dépasse le bénéfice espéré.
La décision d’investir ou de ne pas investir
Un investisseur, qu’il soit belge ou étranger, ne choisit pas un emplacement pour son idéal citoyen. Il compare des paramètres : coût du foncier, qualité de la main-d’œuvre disponible, accessibilité, et sécurité juridique et physique de son projet. Quand la rue devant laquelle il envisage d’ouvrir est régulièrement le théâtre de rixes, de deal ou de dégradations, il choisit autre chose. Il n’annonce pas ce refus, il ne le publie nulle part : il se contente d’aller ailleurs.
C’est précisément ce que personne ne comptabilise. On voit les emplois créés ailleurs. On ne voit pas ceux qui n’ont jamais existé à Liège ou à Charleroi parce qu’un décideur a coché « non » sur une carte de Wallonie. Ce renoncement invisible est pourtant le coût économique le plus lourd que l’insécurité génère.
Quand la gestion publique fabrique le problème
Gouverner une ville ne se résume pas à voter des budgets de sécurité. Cela implique des choix sur la densité policière dans les quartiers sensibles, sur les poursuites judiciaires effectives, sur la politique du logement social et sa concentration géographique, sur les sanctions réelles infligées aux récidivistes.
À Charleroi comme à Liège, des choix ont été faits : priorité donnée à l’accompagnement social sur la sanction, concentration de populations précaires dans des quartiers déjà fragilisés, tolérance implicite vis-à-vis de certains trafics perçus comme socialement « compréhensibles ». Ces orientations partent d’intentions souvent sincères. Mais une intention sincère ne modifie pas les incitations réelles des acteurs sur le terrain.
Quand un dealer sait que le risque de sanction effective est faible, il continue. Quand un commerçant sait que le plainte qu’il dépose a peu de chances d’aboutir, il cesse de la déposer et finit par cesser d’ouvrir. Le mécanisme est simple, prévisible, et il se répète depuis des années dans les mêmes quartiers des mêmes villes.
L’indépendant paie deux fois
L’indépendant qui s’installe dans ces zones ne bénéficie d’aucun filet de sécurité comparable à celui d’un salarié. S’il est victime d’un vol, d’une agression ou d’une dégradation répétée, il ne perçoit ni indemnité ni compensation automatique. Il absorbe la perte, tente de s’adapter, et souvent finit par partir.
Ce départ est une double perte pour la ville : elle perd l’emploi créé, les cotisations versées, la dynamique de quartier qu’un commerce actif entretient. Et elle perd la confiance des suivants, qui observent ce qui arrive à ceux qui ont essayé.
Ce que ces villes pourraient faire différemment
La réponse n’est pas d’inonder ces villes d’argent public supplémentaire, comme cela a été tenté à de nombreuses reprises sans résultat durable. Elle est de rétablir des conditions minimales dans lesquelles une activité privée peut exister sans subventionner elle-même sa propre protection.
Cela passe par une présence policière visible et continue dans les zones à risque, par des poursuites judiciaires qui donnent un sens concret à l’interdiction, et par une politique du logement qui cesse de concentrer la précarité au même endroit. Ce sont des décisions politiques ordinaires, pas des miracles. D’autres villes belges les ont prises, avec des résultats observables. Le choix de ne pas les prendre est, lui aussi, un choix politique dont les habitants et les commerçants paient le prix chaque jour.