Taxer les riches : une formule séduisante aux effets dévastateurs pour la Belgique

Illustration : Taxer les riches : une formule séduisante aux effets dévastateurs pour la Belgique

La bonne idée que tout le monde approuve sans en connaître le prix

En Belgique, le débat sur la taxation des plus riches revient avec régularité, porté par des propositions politiques qui font recette dans les sondages. Et pour cause : la logique de surface est imparable. Faire payer davantage ceux qui ont davantage, quoi de plus équitable ? Selon RTL Info, ce débat divise pourtant les experts, et les effets attendus d’une telle mesure sont loin d’être ceux que ses promoteurs annoncent.

Le problème commence là où personne ne regarde : dans la définition du mot « riche ». La majorité des Belges estiment sincèrement ne pas en faire partie. Ce sentiment n’est pas de la mauvaise foi, c’est de la psychologie ordinaire. On se compare vers le haut, on voit toujours quelqu’un qui a plus. Résultat : chacun vote pour taxer les autres, convaincu d’être à l’abri. C’est précisément ce que le slogan exploite, et c’est précisément pourquoi il fonctionne électoralement sans jamais être soumis à un examen sérieux de ses conséquences.

Ce que fait un riche quand on lui annonce une taxe supplémentaire

Un individu fortuné n’est pas un contribuable captif. Il dispose, par définition, des ressources nécessaires pour réorganiser sa vie, son patrimoine et son activité en fonction des règles fiscales qui s’appliquent à lui. Ce n’est pas de la fraude, c’est de l’adaptation, le même réflexe qu’un ménage ordinaire qui choisit un compte épargne défiscalisé plutôt qu’un autre.

La Belgique évolue dans un espace économique ouvert. L’Italie propose depuis plusieurs années un régime forfaitaire très attractif pour les nouveaux résidents fortunés. La Grèce fait de même. Le Portugal a longtemps joué ce jeu. Dans ce contexte, une taxe supplémentaire sur les hauts patrimoines belges ne confisque pas de la richesse : elle la déplace. Les capitaux partent, les sièges sociaux suivent, et les emplois qu’ils généraient restent en dehors du pays.

Fabien Pinckaers, fondateur et patron d’Odoo, entreprise belge qui compte parmi les plus remarquables réussites technologiques du pays, a dit publiquement sa crainte de devoir quitter la Belgique si la proposition fiscale des Engagés venait à être adoptée, selon RTL Info. Ce n’est pas une menace, c’est un calcul. Et derrière ce calcul, ce sont des centaines d’emplois, une base de recherche et développement, une vitrine internationale pour l’écosystème belge qui pourraient disparaître du paysage national.

La fuite ne concerne pas que les millionnaires installés

L’effet le plus sous-estimé n’est pas la fuite des grandes fortunes constituées. C’est la fuite de ceux qui n’en sont pas encore là. Un entrepreneur de 35 ans qui construit une entreprise, qui prend des risques, qui refuse un salaire confortable pour réinvestir dans sa croissance, regarde l’horizon fiscal avant de décider où s’installer, où ouvrir son siège, où recruter.

Si ce pays envoie le signal qu’au-delà d’un certain seuil de succès, une ponction supplémentaire l’attend, ce n’est pas l’ambition qu’il taxe : c’est l’ambition qu’il décourage. Les profils les plus mobiles, les plus qualifiés, les plus créateurs de valeur, sont précisément ceux qui ont le plus de facilité à aller exercer ailleurs. Ce que la Belgique perdrait, ce ne sont pas des rentiers passifs, ce sont des moteurs économiques actifs.

Un slogan qui coûte plus qu’il ne rapporte

La mise en œuvre technique d’une telle taxe est, de surcroît, un casse-tête réel. Définir le seuil, valoriser les actifs illiquides comme les parts d’entreprise, contrôler les transferts vers d’autres juridictions européennes : tout cela nécessite une administration coûteuse, des contentieux nombreux et des rendements décevants. Les expériences menées dans d’autres pays européens ont régulièrement abouti à des recettes inférieures aux projections initiales, précisément parce que les comportements s’adaptent plus vite que la loi.

Ce que la taxe affiche comme recette supplémentaire, elle le retire ailleurs : moins d’investissement privé, moins de création d’emplois, moins de bases imposables sur les revenus du travail générés par ces entreprises. La perte n’apparaît dans aucun tableau budgétaire parce qu’elle prend la forme de choses qui n’existent pas, d’entreprises qui ne se créent pas, d’emplois qui ne s’ouvrent pas, de recherches qui se font à Dublin ou à Amsterdam plutôt qu’à Liège ou à Gand.

Ce que révèle vraiment ce débat

Taxer les riches est un excellent slogan électoral. Il répond à une frustration réelle face aux inégalités, et cette frustration mérite d’être prise au sérieux. Mais une politique fiscale qui punit le succès sans égard pour la mobilité des personnes et des capitaux, dans une union économique où les frontières n’arrêtent ni les euros ni les talents, n’est pas une politique de justice redistributive. C’est une politique de déclin organisé.

La vraie question n’est pas de savoir si les plus aisés doivent contribuer davantage. C’est de concevoir comment leur faire contribuer de manière à ce qu’ils restent là pour le faire, et continuent à créer la richesse que l’on veut redistribuer.