Minerval à 1.194 € dans le supérieur belge : une facture bradée qui en cache une bien plus lourde

Illustration : Minerval à 1.194 € dans le supérieur belge : une facture bradée qui en cache une bien plus lourde

Un minerval en hausse, mais loin du coût réel

À la rentrée de septembre 2026, les étudiants de l’enseignement supérieur en Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) font face à un minerval en hausse, qui peut atteindre 1.194 euros selon RTL. Le chiffre fait débat : trop élevé pour certains, déjà difficile à assumer pour les ménages modestes. Mais la vraie question n’est pas là. Ce montant, présenté comme un effort demandé aux étudiants, est en réalité une fraction infime de ce qu’une année d’enseignement supérieur coûte réellement à la collectivité.

Concrètement : une année en haute école ou à l’université mobilise plusieurs milliers d’euros de financement public par étudiant. Le minerval ne couvre qu’une petite part de cette somme. Le reste, c’est le contribuable qui le règle, qu’il ait ou non un enfant dans le supérieur, qu’il ait lui-même fait des études ou non.

Le principe consommateur-payeur, grand absent du débat

Dans la plupart des biens et services, celui qui consomme assume une part significative du coût qu’il génère. C’est ce signal qui incite à utiliser une ressource de manière raisonnée. Quand ce signal est quasi absent, comme c’est le cas ici, les comportements changent.

Un étudiant qui paie 1.194 euros pour une année d’études n’a aucune raison financière de se demander si ce choix est le bon au bon moment. L’arbitrage est déjà fait pour lui : c’est cadeau. Ce n’est pas un jugement moral sur les étudiants, c’est une mécanique simple. Quand quelque chose coûte peu, on en consomme davantage, et parfois sans nécessité réelle.

Le résultat est visible : une proportion non négligeable d’étudiants reste inscrite dans l’enseignement supérieur bien au-delà de la durée normale de leur cursus. Le statut étudiant ouvre des droits réels, prix réduits dans les transports, les restaurants, les activités culturelles, possibilité de travailler sous un régime de cotisations sociales allégé. Ces avantages sont légitimes pendant un cursus sérieux. Ils deviennent un effet d’aubaine quand l’inscription est maintenue principalement pour y avoir accès.

Des millions dépensés pour former des diplômés… français

Le faible minerval belge a une autre conséquence, rarement chiffrée dans le débat public : il attire massivement des étudiants français. La différence de minerval entre la France et la Belgique, combinée à la proximité géographique et linguistique, rend les universités et hautes écoles de la FWB particulièrement attractives pour les ressortissants français.

Ces étudiants bénéficient exactement du même financement public par tête que leurs homologues belges. Ils paient le même minerval, parfois moins lorsqu’ils remplissent les conditions d’une bourse. Et une fois diplômés, la très grande majorité rentre exercer en France, emportant avec elle une formation financée en bonne partie par le contribuable belge.

La FWB a tenté de plafonner l’accès de certaines filières saturées, notamment en médecine et en kinésithérapie, précisément pour endiguer ce phénomène. Mais ce plafonnement est partiel, contesté, et ne règle pas la question de fond : pourquoi le contribuable wallon ou bruxellois finance-t-il la formation de futurs professionnels de santé qui exerceront au-delà de la frontière ?

Ce que le prix dit, et ce qu’on l’empêche de dire

Un prix, dans n’importe quel marché, transmet une information : combien cette ressource est rare, combien elle coûte à produire, et combien elle vaut pour celui qui en bénéficie. Maintenir le minerval artificiellement bas supprime cette information. L’étudiant ne sait pas ce que son année coûte vraiment. L’institution n’a pas d’incitation à être efficace, puisque ses recettes dépendent d’une enveloppe publique négociée, pas de la satisfaction de ses usagers.

Cela ne signifie pas que l’enseignement supérieur devrait être intégralement payant, ni que les étudiants modestes devraient en être exclus. Un système de bourses ciblées, bien calibrées sur les revenus réels des ménages, permet d’atteindre l’objectif d’accessibilité sans subventionner indistinctement tout le monde, y compris ceux qui n’en ont pas besoin et ceux qui ne résident pas en Belgique.

Rendre le coût visible, pas insupportable

Ce que le débat sur le minerval à 1.194 euros manque chaque fois, c’est la distinction entre rendre l’enseignement supérieur accessible et le rendre gratuit de facto pour n’importe qui, avec n’importe quelle intention.

Une solution concrète existerait : moduler davantage le minerval selon les revenus familiaux réels, le plafonner strictement pour les non-résidents ou instaurer un mécanisme de remboursement différé pour les étudiants étrangers qui rentrent exercer hors de Belgique, appliquer une durée maximale d’inscription ouvrant droit aux avantages du statut étudiant.

Aucune de ces pistes n’est idéologique. Elles sont simplement la conséquence logique d’un constat : quand la collectivité finance quelque chose, elle a le droit de savoir pour qui, combien, et avec quel retour. À 1.194 euros par an, la réponse à ces trois questions reste, pour l’instant, délibérément floue.