L'emploi public a gonflé deux fois plus vite que l'emploi privé depuis 2000

Illustration : L'emploi public a gonflé deux fois plus vite que l'emploi privé depuis 2000

Un écart qui ne trompe pas

En Belgique, le marché de l’emploi raconte deux histoires très différentes selon que l’on regarde du côté des entreprises ou du côté des administrations. Depuis l’an 2000, le nombre d’emplois dans le secteur public a progressé d’environ 40 %, contre 20 % dans le secteur privé, toujours selon la même base 100. Autrement dit, là où les entreprises ont créé un emploi, l’État en a créé deux. Cette divergence, documentée sur un quart de siècle, éclaire une bonne partie du déficit structurel que la Belgique peine à résorber.

Deux courbes, une seule facture

L’image est simple : prenez l’an 2000 comme point de départ à 100 pour les deux secteurs. Aujourd’hui, le secteur privé se situe autour de 120. Le secteur public, lui, dépasse 140. L’écart n’est pas anodin : il représente des dizaines de milliers de postes supplémentaires financés non par des recettes commerciales, mais par l’impôt et l’emprunt.

Ce qui rend la comparaison encore plus parlante, c’est ce qui se passe du côté de la productivité. Dans le privé, les entreprises ont mécaniquement amélioré leur rendement : elles produisent davantage avec des équipes dont la croissance reste mesurée. Dans le public, la logique est inversée. Le nombre d’agents augmente, mais les services rendus aux citoyens n’ont pas suivi à proportion. En économie, on appelle cela une perte de productivité : on paie plus pour obtenir la même chose, voire moins.

Un emploi public, une charge à vie

Il y a une réalité que les annonces de recrutement dans la fonction publique n’affichent jamais : le coût total d’un emploi public ne s’arrête pas à la fiche de paie mensuelle.

Un fonctionnaire recruté aujourd’hui représente une dépense qui court sur toute sa carrière, puis se prolonge sous forme de pension. En Belgique, les pensions du secteur public sont en grande partie financées en répartition directe sur le budget de l’État, sans fonds de pension constitué à l’avance. Chaque recrutement est donc une promesse budgétaire engagée pour trente, quarante ans ou plus. Et ces promesses s’accumulent.

Lorsque le privé recrute, c’est parce qu’un client paie pour un produit ou un service : la dépense se justifie par une recette. Lorsque l’État recrute, c’est le contribuable qui paie, sans qu’il ait nécessairement été consulté sur l’utilité du poste. La décision appartient aux responsables politiques ; la facture revient à tout le monde.

Le déficit belge a un visage

La Belgique affiche un déficit public qui préoccupe les institutions européennes depuis plusieurs années. Les explications avancées sont souvent techniques : vieillissement de la population, coût des soins de santé, charge des intérêts de la dette. Ce sont des réalités. Mais elles occultent une dynamique plus discrète : la part de l’État dans l’économie belge n’a cessé de progresser, et l’emploi public en est l’illustration la plus directe.

Quand l’État grossit plus vite que l’économie qui le finance, le déséquilibre est inévitable. Les dépenses augmentent de façon structurelle, c’est-à-dire qu’elles ne disparaissent pas en période difficile, contrairement à celles d’une entreprise qui peut adapter ses effectifs. Les recettes fiscales, elles, dépendent de la croissance du secteur privé. Si ce secteur croît deux fois moins vite que le public, les marges pour équilibrer les comptes se réduisent mécaniquement.

Ce que les chiffres ne comptent pas

Il y a dans cette dynamique quelque chose que les statistiques ne mesurent pas directement : ce qui n’a pas été créé. Chaque euro prélevé pour financer un emploi public supplémentaire est un euro qu’un ménage n’a pas dépensé, qu’une entreprise n’a pas investi, qu’un entrepreneur n’a pas risqué sur une nouvelle activité. Ces emplois, ces produits, ces services n’existent pas. Personne ne les compte parce qu’ils n’ont jamais vu le jour. Mais leur absence se ressent dans la croissance atone et dans le retard de compétitivité que la Belgique accumule par rapport à ses voisins.

Rétablir une proportionnalité élémentaire

La question n’est pas de savoir si l’État doit exister ou si les fonctionnaires sont utiles. Beaucoup le sont, et des services publics de qualité sont une condition du bon fonctionnement d’une société. La question est de savoir pourquoi le nombre d’agents a augmenté deux fois plus vite que celui des travailleurs qui les financent, sans que la qualité des services ait progressé dans les mêmes proportions.

Un premier pas concret serait de soumettre chaque nouveau recrutement public à une justification explicite de la charge qu’il représente sur l’ensemble de sa durée, pas seulement sur l’année budgétaire en cours. Une décision transparente sur le coût réel est le minimum que les contribuables sont en droit d’attendre avant que la promesse soit engagée en leur nom.