Les Wallons plébiscitent Hedebouw comme Premier ministre : un sondage qui fait froid dans le dos

Illustration : Les Wallons plébiscitent Hedebouw comme Premier ministre : un sondage qui fait froid dans le dos

Un sondage LN24/Dedicated qui change la donne

Un sondage réalisé par LN24 et Dedicated, dont les résultats ont été publiés ce 15 septembre 2026, pose une question simple : si les Wallons pouvaient élire leur Premier ministre au suffrage direct, qui choisiraient-ils ? La réponse est sans ambiguïté. C’est Raoul Hedebouw, président du PTB, qui arriverait en tête, devant Paul Magnette. En Wallonie, région déjà fragilisée économiquement, ce résultat mérite qu’on s’y arrête sérieusement.

Le même sondage, selon Sudinfo, inflige une gifle à Georges-Louis Bouchez : le MR serait au plus bas dans les intentions de vote, et la moitié de ses électeurs actuels envisageraient d’aller voir ailleurs. Le centre droit recule, et c’est la gauche radicale qui en profite.

Ce que le PTB a réellement défendu

Le PTB n’est pas un parti de gauche ordinaire. Jusqu’à la fin du XXe siècle, le parti se réclamait ouvertement du stalinisme. Ce n’est pas une caricature d’adversaire politique : c’est ce que ses propres membres écrivaient et revendiquaient. Depuis, le parti a soigné son image, adopté un ton plus doux, multiplié les propositions sociales concrètes. Mais ses fondements idéologiques n’ont pas été remplacés par une autre vision cohérente de l’économie : ils ont simplement été mis en retrait.

Ce qui compte, pour un lecteur qui veut comprendre ce que cela implique concrètement, c’est de regarder ce que ce type de programme donne quand il est appliqué. Pas en théorie. En pratique, dans des pays réels.

Les leçons que l’histoire a déjà écrites

Le Venezuela possédait les plus grandes réserves de pétrole prouvées au monde. C’est un fait établi. Lorsqu’un gouvernement a décidé de nationaliser massivement, de fixer les prix par décret, de remplacer les signaux du marché par des décisions politiques, le résultat n’t pas été une redistribution plus juste. Ce fut une pénurie généralisée, une hyperinflation, et l’exode de plusieurs millions de personnes. Les ressources naturelles étaient là. Les mécanismes qui permettent de les exploiter efficacement ont été détruits.

L’Argentine a suivi un chemin comparable, à sa façon. Des décennies de dépenses publiques non financées, de contrôle des changes, de dette accumulée ont fini par épuiser une économie pourtant dotée d’une agriculture productive et d’une population éduquée. C’est précisément ce chaos qui a rendu possible l’élection de Javier Milei à la présidence, avec un programme de réduction radicale de l’État. Les résultats de cette politique, encore en cours d’application, montrent une stabilisation de l’inflation et un retour progressif de la confiance des investisseurs, dans un pays qui n’avait plus accès aux marchés financiers internationaux.

Dans les deux cas, le mécanisme est identique : quand l’État décide à la place des acteurs économiques de ce que les choses valent, de qui peut produire quoi, et de comment la richesse doit circuler, les gens adaptent leur comportement en conséquence. Ils cessent d’investir. Ils quittent le pays. Ils cachent leur activité. Ce n’est pas de la mauvaise volonté : c’est une réaction rationnelle à un environnement imprévisible.

La Wallonie n’a pas les moyens de cette expérience

La Wallonie n’est pas riche en pétrole. Elle n’est pas non plus dans la situation de l’Argentine des années 1990. Mais elle part d’une position déjà dégradée : taux de chômage structurellement élevé, tissu industriel affaibli depuis des décennies, dépendance forte aux transferts financiers en provenance de Bruxelles et de Flandre. C’est précisément dans ce contexte qu’un programme fondé sur davantage de dépenses publiques, de nationalisations et de contrôle des prix aurait les effets les plus destructeurs, parce que les marges d’erreur sont quasi inexistantes.

Qui financerait les promesses du PTB ? Les entreprises que le parti entend taxer davantage ont des sièges sociaux déplaçables. Les capitaux aussi. Le contribuable wallon, lui, ne peut pas se délocaliser aussi facilement. C’est lui qui resterait avec la facture.

Pourquoi ce sondage dit quelque chose de plus profond

Un sondage ne prédit pas une élection. Mais il révèle un état d’esprit. Si une majorité de Wallons interrogés désignent aujourd’hui comme figure préférée le leader d’un parti qui n’a jamais géré une économie, c’est que les partis qui ont géré la région depuis trente ans n’ont pas convaincu. Ce désaveu est compréhensible. Il ne rend pas pour autant le remède proposé efficace.

Vouloir punir ceux qui ont échoué est humain. Confier les clés à un programme qui a échoué partout où il a été appliqué à grande échelle, c’est une autre affaire. La Wallonie a besoin d’entreprises qui s’installent, de travailleurs qui trouvent un emploi, et d’un cadre fiscal et réglementaire qui donne envie d’y produire quelque chose. Aucun décret ne crée ces conditions. Seules les décisions de millions d’individus libres de choisir peuvent le faire, à condition qu’on leur en laisse les moyens.