Les taux belges à 10 ans dépassent 4,15% : ce que ça coûte à l'État et aux ménages

Illustration : Les taux belges à 10 ans dépassent 4,15% : ce que ça coûte à l'État et aux ménages

Les taux d’emprunt de l’État belge viennent de franchir un cap symbolique

Les taux des obligations d’État belges à 10 ans ont dépassé cette semaine la barre des 4,15 %. En 2021, ces mêmes taux flirtaient avec 0 %. En l’espace de cinq ans, le coût auquel la Belgique emprunte sur les marchés financiers a donc été multiplié par un facteur considérable, avec des conséquences très concrètes : pour les finances publiques d’abord, pour les ménages qui empruntent ensuite.

La dette publique, une bombe à retardement que les taux viennent d’armer

La Belgique porte une dette publique d’environ 110 % de son PIB. Ce chiffre, en lui-même, ne dit pas tout : ce qui compte autant que le stock de dette, c’est le prix auquel il faut le renouveler chaque année.

Voici le mécanisme : l’État ne rembourse pas sa dette en puisant dans ses recettes fiscales. Il emprunte de l’argent neuf pour rembourser l’argent ancien. C’est ce qu’on appelle le refinancement. Pendant des années, ce refinancement s’est fait à des taux proches de zéro, parfois même négatifs : les marchés acceptaient de prêter à la Belgique pour presque rien. Chaque tranche de dette qui arrivait à échéance était remplacée par une tranche moins chère, ou aussi chère. La charge annuelle restait sous contrôle.

Ce temps est révolu. Dans les années qui viennent, l’État belge va devoir remplacer des milliards d’euros de dette émise entre 2015 et 2022, à des taux compris entre 0 et 2 %, par de la dette nouvelle à plus de 4 %. La différence de taux, appliquée à des volumes considérables, se traduit mécaniquement par une charge d’intérêts en forte hausse dans le budget fédéral.

Or ce budget est déjà fortement déficitaire. Les intérêts supplémentaires ne tombent pas dans un vide : ils s’ajoutent à des dépenses qui excèdent déjà les recettes. Soit il faudra trouver des recettes supplémentaires (comprendre : de nouveaux impôts), soit il faudra réduire d’autres dépenses, soit le déficit se creusera encore davantage et la dette grossira, ce qui aggravera le problème suivant.

C’est ce qu’on pourrait appeler un effet boule de neige : une dette élevée, refinancée à taux croissants, génère des intérêts qui gonflent le déficit, lequel creuse la dette, qui doit à son tour être refinancée. Personne ne paiera cette facture sous forme d’une ligne clairement identifiée dans sa feuille d’impôts, mais elle sera bien là, répartie entre hausses de taxes, services publics dégradés et endettement légué aux contribuables futurs.

Pour les ménages, un crédit immobilier qui coûte soudain 82 000 € de plus

L’impact ne se limite pas aux finances de l’État. Les taux des obligations souveraines servent de référence aux banques pour fixer leurs propres taux de crédit. Quand l’État emprunte plus cher, les ménages empruntent plus cher aussi.

Prenons un exemple chiffré, celui d’un crédit hypothécaire de 250 000 euros à taux semi-fixe sur 10 ans. À taux bas, le coût total du crédit restait limité. Aux taux actuels, qui reflètent le niveau atteint par les obligations d’État, le même emprunt coûte 81 942 euros de plus pour 250 000 euros empruntés. Ce n’est pas une variation marginale : c’est presque un tiers du capital emprunté qui part en intérêts supplémentaires.

Pour un couple qui achète un appartement à Bruxelles ou une maison en périphérie, cela signifie concrètement une mensualité sensiblement plus élevée, une capacité d’emprunt réduite à revenu égal, ou les deux à la fois. Certains ménages qui auraient pu accéder à la propriété il y a quatre ans ne le peuvent plus aujourd’hui, non parce que leur situation personnelle a changé, mais parce que le coût de l’argent a changé autour d’eux.

Ce que révèle ce retournement de taux

Pendant des années, des taux proches de zéro ont envoyé un signal trompeur : emprunter ne coûtait presque rien. L’État en a profité pour différer des réformes structurelles de ses finances. Des ménages ont pu s’endetter à des conditions qui ne reflétaient pas le risque réel de long terme.

Le retour à des taux de 4 % et plus ne crée pas un problème nouveau : il rend visible un problème qui existait déjà, celui d’une dette publique très élevée et d’un budget structurellement déséquilibré. La fenêtre de taux bas avait offert à la Belgique dix ans pour s’ajuster en douceur. Cette fenêtre est fermée.

La question qui se pose maintenant n’est pas abstraite : combien de milliards supplémentaires la charge de la dette va-t-elle absorber chaque année, et qui, précisément, va en supporter le coût ?