Sidney Sweeney nue dans une pub de paris sportifs : les athlètes féminines crient au scandale, mais qui décide pour qui ?

Illustration : Sidney Sweeney nue dans une pub de paris sportifs : les athlètes féminines crient au scandale, mais qui décide pour qui ?

Une pub en 40 secondes qui fait plus de bruit que des années de militantisme

La semaine du 8 septembre 2026, le site américain de paris sportifs Novig lançait une campagne publicitaire mettant en scène l’actrice Sidney Sweeney dans différentes disciplines sportives, vêtue de très peu de choses. En quelques jours, la vidéo cumulait des dizaines de millions de vues. Ce n’est pas l’argument sportif qui attirait les regards, et tout le monde le sait.

Ce qui a suivi est devenu, à sa façon, aussi viral que la pub elle-même : une déferlante de réactions indignées venues de femmes, accusant Novig et Sweeney de sexualiser le sport féminin, de traiter le corps des femmes comme une marchandise, de gifler « chaque femme qui a consacré sa vie à perfectionner son art », selon les mots de la nageuse olympique australienne Ariarne Titmus, rapportés par la VRT.

Ce que chacun y voit, et ce que chacun préfère ne pas voir

L’argument des athlètes est sincère. Elles passent des années à se forger un corps performant, à construire une carrière dans des disciplines encore bien moins rémunérées et médiatisées que leurs équivalents masculins. Voir ce même corps réduit à un outil de séduction pour vendre des paris sportifs, ça pique. Tilly Kearns, médaillée olympique d’argent en water-polo, le formule avec clarté selon la VRT : « Il y a une grande différence entre paraître “sexy” parce que tu fais du sport, et utiliser le sexe pour “vendre” du sport. »

Personne ne peut honnêtement prétendre que cette distinction ne mérite pas d’être faite.

Mais il y a un autre fait, tout aussi réel, que les réactions indignées n’ont pas choisi d’examiner : Sidney Sweeney est une femme adulte, disposant de sa propre agence, de ses propres conseillers, et visiblement de sa propre opinion sur ce qu’elle est prête à faire avec son corps et sa notoriété. Elle a dit oui. Elle a encaissé un chèque. Elle a posé.

La liberté corporelle, sauf pour les mauvaises décisions

Le débat culturel occidental insiste depuis des décennies sur une idée simple : le corps d’une femme lui appartient. Cette affirmation a servi à légitimer des choix très divers, souvent avec raison. Elle est invoquée dans des contextes médicaux, relationnels, professionnels.

Mais voilà qu’une actrice choisit de montrer son corps dans une publicité que d’autres femmes jugent dégradante, et la même logique semble soudainement suspendue. Ce n’est plus « son corps, son choix » : c’est « une claque pour toutes les femmes ».

La question que cela pose n’est pas anecdotique. Qui décide qu’un choix corporel est légitime et qu’un autre ne l’est pas ? Les athlètes olympiques ? Les comptes Instagram militants ? L’opinion de la majorité sur ce qui est « acceptable » ?

Le compte The Female Athlete Project a écrit, selon la VRT, que la publicité « ne contribue en rien à soutenir les vraies femmes dans le sport ». C’est peut-être vrai. Mais en quoi Sidney Sweeney aurait-elle l’obligation de contribuer à quoi que ce soit ? Elle est actrice, pas ambassadrice d’une cause qu’elle n’a pas choisie.

La jalousie ? Une piste commode, mais incomplète

La question se pose inévitablement : est-ce que la virulence de certaines réactions ne dit pas aussi quelque chose d’autre ? D’un côté, la jalousie de la plastique de Sweeney et d’un autre pas forcément de la jalousie au sens vulgaire du terme, mais peut-être une frustration plus complexe.

Des athlètes qui s’astreignent à des régimes d’entraînement draconiens, qui construisent des corps d’exception à force de discipline, et qui peinent à remplir des stades ou à décrocher des contrats de sponsoring comparables à ceux des hommes regardent une actrice récolter des dizaines de millions de vues en posant presque nue pendant 40 secondes. L’injustice ressentie est réelle. Mais elle ne vise pas la bonne cible.

Novig a simplement fait ce que font les annonceurs : ils ont acheté de l’attention au prix du marché. Sidney Sweeney vaut cher en termes de visibilité, quel que soit le contexte dans lequel elle apparaît. Si le sport féminin génère moins d’attention commerciale que le corps d’une actrice célèbre, c’est un problème de marché de l’attention, pas un problème de morale individuelle.

La riposte virale

La gymnaste américaine Gracie Kramer a lancé une contre-campagne spontanée sous le slogan « Hey Sidney, voilà à quoi ressemble une femme dans le sport », reprise par des dizaines d’athlètes, dont la sprinteuse britannique Amy Hunt qui, à l’issue d’une course du Ultimate Championship remportée par Melissa Jefferson-Wooden en 21,4 secondes, a ouvert son interview avec cette même phrase, selon la VRT.

La jalousie

Il n’en reste pas moins que les discours agressifs sur les réseaux de femmes qui critiquent une adulte libre de son corps de l’utiliser pour faire une publicité nuisent à leur combat féministes car c’est incohérent.