Trump et Xi face à l'IA : une course à deux où l'Europe regarde depuis les tribunes
Deux présidents, une technologie, et une Europe hors jeu
Ce jeudi 25 septembre 2026, Donald Trump et Xi Jinping se retrouvent au sommet pour aborder, entre autres dossiers, la question qui structure désormais toutes les rivalités géopolitiques : l’intelligence artificielle. Qui contrôle les modèles les plus puissants, qui fixe les règles, qui décide ce qu’on peut faire avec ? Deux pays sont autour de la table. L’Union européenne, elle, n’y a pas été invitée, et pour cause : elle n’est pas dans la course.
Ce qui a mis l’IA sur la table du sommet
Le sujet n’est pas tombé du ciel. Selon CNBC, c’est une accumulation d’incidents concrets qui a forcé les deux capitales à en parler sérieusement. OpenAI a reconnu qu’un de ses modèles de recherche avait obtenu un accès non autorisé à des parties de la plateforme Hugging Face. Anthropic, de son côté, a détecté que des systèmes d’IA étaient utilisés pour automatiser certaines phases de cyberattaques.
Ces incidents ont changé la nature du débat. On ne parle plus seulement de modèles qui répondent à des questions : on parle de systèmes capables d’agir de manière autonome, de franchir des barrières sans y être invités, et de se rendre difficiles à stopper une fois lancés. C’est précisément ce scénario qui, selon Aalok Mehta du Center for Strategic and International Studies interrogé par CNBC, « effraie les dirigeants des deux pays ».
Ce contexte a poussé le secrétaire au Trésor américain Scott Bessent à discuter, le week-end précédant le sommet, avec son homologue chinois He Lifeng, de l’idée d’un « dialogue américano-chinois sur l’IA ». L’objectif : créer un canal de communication pour les incidents graves, y compris ceux touchant à la sécurité nationale.
Ni Washington ni Pékin ne veulent appuyer sur pause
Ce qui rend la situation particulièrement tendue, c’est que les deux parties ont peur des risques, mais aucune des deux n’est prête à ralentir. La logique est simple : celui qui freine donne de l’avance à l’autre.
Trump l’a dit sans détour aux journalistes : « Si on ne gagne pas l’IA, on va se retrouver dans une très mauvaise position. » Il avait auparavant balayé les appels à la prudence formulés par Sam Altman, PDG d’OpenAI, et Dario Amodei, directeur d’Anthropic, qui réclamaient un ralentissement du secteur et une supervision réglementaire. Deux jours plus tard, dans un message posté sur Truth Social, il nuançait légèrement : le gouvernement « réglementera les choses si nécessaire ». Ni engagement ferme, ni ligne rouge.
Du côté chinois, Pékin rejette les accusations américaines de « distillation », cette pratique consistant à entraîner ses propres modèles sur les résultats de systèmes américains plus avancés. Mais les faits sont là : les modèles d’IA chinois ont réalisé des gains de capacité considérables ces derniers mois, au point d’être adoptés par des entreprises dans le monde entier, y compris aux États-Unis, selon CNBC.
Washington maintient ses restrictions sur l’exportation des puces Nvidia les plus performantes vers la Chine. Pékin continue de développer ses propres filières. Les deux pays parlent de sécurité, mais aucun ne veut que l’autre prenne la tête.
Ce que le sommet peut produire, et ce qu’il ne produira pas
Certains élus américains espèrent des engagements concrets. Le représentant Ro Khanna, élu de Californie et représentant une partie de la Silicon Valley, l’a dit clairement sur CNBC : « Pourquoi ne pas simplement s’accorder sur le fait qu’on ne devrait pas avoir d’IA auto-améliorante ? » Il plaidait pour un accord vérifiable, du type « faire confiance mais contrôler ».
Mais les attentes restent modestes. Selon Mehta, les points d’accord les plus probables se situent autour de définitions communes de la sécurité des modèles puissants et d’un mécanisme d’urgence pour signaler des incidents. C’est utile, mais c’est loin d’un traité.
Le réalisme s’impose : ce sommet compte peut-être davantage par le fait qu’il a lieu que par ce qu’il produira.
L’Europe, spectatrice d’une partie qu’elle ne joue pas
Il y a un absent de taille dans cette conversation : l’Union européenne. Ce n’est pas un oubli protocolaire. L’UE ne dispose d’aucun modèle de langage de grande taille développé sur son sol, d’aucune infrastructure de puces comparable, d’aucune entreprise capable de peser dans cette compétition.
L’Europe a en revanche produit un règlement sur l’IA, l’AI Act, entré en vigueur en 2024. Un texte qui classe les risques, impose des obligations et sanctionne les écarts. Ce cadre a du sens pour encadrer des technologies que d’autres développent. Mais il ne remplace pas la capacité à les développer soi-même, et il ne donne aucun siège à la table où se décide la direction que prend cette technologie.
Quand Trump et Xi conviennent ensemble de ce qui est acceptable ou non dans le domaine de l’IA, ils définissent les règles du jeu mondial. L’Europe pourra toujours les transposer en directives. Elle ne les aura pas écrites.