Raoul Hedebouw propose une taxe sur les millionnaires pour restaurer le pouvoir d'achat en Belgique

Illustration : Raoul Hedebouw propose une taxe sur les millionnaires pour restaurer le pouvoir d'achat en Belgique

Le constat chiffré présenté par Raoul Hedebouw

Raoul Hedebouw a profité de la fête annuelle ManiFiesta, qui a réuni 17 000 personnes ce week-end, pour avancer un chiffre précis : le 1 % des Belges les plus riches aurait gagné 22 milliards d’euros durant l’année écoulée, tandis que la moitié de la population voyait son pouvoir d’achat diminuer. Le message est simple : il suffirait d’aller chercher cet argent pour éviter l’austérité sur les ménages ordinaires.

Qui paie réellement l’inflation

L’inflation ne frappe pas tous les revenus au même moment. Quand une banque centrale crée de la monnaie supplémentaire, cette nouvelle monnaie arrive d’abord aux institutions financières et aux premiers emprunteurs. Ces acteurs achètent des actifs avant que les prix ne montent. Les ménages qui reçoivent leur salaire en dernier voient les étiquettes augmenter avant que leur revenu n’ait été ajusté. Le décalage entre ces deux moments constitue l’essentiel du transfert de richesse.

L’origine de la nouvelle monnaie

La Banque centrale européenne a contourné ses propres règles en achetant massivement des obligations d’État et d’entreprises. Ces achats n’étaient pas financés par de l’épargne existante, mais par la création de réserves bancaires. Les gouvernements ont ensuite dépensé ces montants. Résultat : la part des dépenses publiques dans l’économie belge approche désormais 55 % du produit intérieur brut. Chaque euro supplémentaire dépensé par l’État doit être prélevé quelque part, soit par l’impôt, soit par l’emprunt, soit par la création monétaire.

Ce que la statistique des 22 milliards ne montre pas

Le chiffre avancé par Raoul Hedebouw additionne la hausse de valeur d’actifs financiers et immobiliers détenus par les ménages les plus fortunés. Ces actifs ont été achetés, pour une part importante, avec la monnaie nouvellement créée. Leur valorisation reflète donc à la fois l’injection monétaire et la rareté relative des biens physiques. Taxer cette valorisation après coup ne restitue pas le pouvoir d’achat perdu par les salaires ; elle modifie simplement la répartition des actifs existants.

Les incitations créées par une taxe supplémentaire

Une taxe sur le patrimoine ou sur les plus-values élevées incite les détenteurs de capitaux à déplacer leurs actifs vers des juridictions moins taxées ou vers des formes de détention moins visibles. Les investissements productifs diminuent dans le pays concerné. Les entreprises qui auraient embauché ou innové reportent leurs projets. Les recettes fiscales attendues se révèlent souvent inférieures aux projections, car la base taxable se contracte.

La proposition concrète et ses conséquences immédiates

Raoul Hedebouw écarte explicitement une hausse de la TVA ou des consultations médicales. Il souhaite cibler uniquement le 1 % le plus riche. Or la frontière entre le 1 % et le reste de la distribution est mobile. Beaucoup de professions indépendantes ou de cadres supérieurs franchissent ce seuil une année et le redescendent la suivante. Une taxe annuelle sur le stock de patrimoine oblige ces contribuables à liquider des actifs pour payer l’impôt, même en l’absence de revenu courant. Les petites entreprises familiales et les exploitations agricoles figurent parmi les premiers touchés.

Ce qui aurait pu limiter l’érosion du pouvoir d’achat

Plutôt que de redistribuer la monnaie nouvellement créée, une politique aurait consisté à ne pas la créer. Maintenir les dépenses publiques dans les limites des recettes fiscales ordinaires aurait évité la hausse des prix. Les salaires auraient conservé leur pouvoir d’achat sans nécessiter de compensation ultérieure. Les ménages les moins aisés, qui consacrent la plus grande part de leurs revenus à la consommation courante, auraient été les premiers bénéficiaires de cette stabilité.