La CSC réclame plus que l'index face aux prix des carburants : qui paiera la facture ?
La CSC monte au front sur les prix des carburants
La Confédération des syndicats chrétiens (CSC) a pris position cette semaine : face à la hausse des prix des carburants, l’indexation automatique des salaires ne suffirait pas à protéger le pouvoir d’achat des travailleurs. Le syndicat réclame des mesures supplémentaires pour compenser ce qu’il considère comme un glissement du niveau de vie.
L’intention est compréhensible. Quand le plein coûte plus cher, le budget d’un ménage se resserre. Personne ne conteste ce fait. Ce qu’il faut regarder, c’est ce que la solution proposée coûte réellement, et à qui.
Ce que l’index fait déjà aux entreprises
L’indexation automatique des salaires est un mécanisme belge qui ajuste les rémunérations à l’inflation. Quand les prix montent, les salaires suivent, automatiquement, sans négociation, sans tenir compte de la santé financière de l’entreprise concernée.
Or les entreprises belges font face en ce moment à un double mouvement. D’un côté, leurs coûts de production augmentent parce que l’énergie coûte plus cher : chauffer un atelier, faire tourner des machines, livrer des marchandises. De l’autre, l’index va faire monter leur masse salariale au même moment. Ces deux hausses arrivent ensemble, elles ne se compensent pas. Elles s’additionnent.
Une PME qui voit ses charges énergétiques grimper de plusieurs milliers d’euros par trimestre et qui doit simultanément augmenter ses salaires n’a pas de marge de manœuvre magique. Elle a trois options concrètes : répercuter la hausse sur ses prix, réduire ses effectifs, ou cesser son activité.
Le coût que personne ne comptabilise
La première option, répercuter les hausses sur les prix de vente, entretient précisément l’inflation que l’index est censé combattre. C’est un cercle : les prix montent, les salaires suivent, les coûts des entreprises augmentent, elles relèvent leurs prix, les prix montent à nouveau. Chaque tour de roue érode un peu plus la compétitivité des entreprises belges face à des concurrents étrangers qui, eux, ne sont pas soumis à ce mécanisme automatique.
La deuxième option, c’est le licenciement. Personne ne la nomme dans les communiqués syndicaux, mais c’est elle qui se matérialise sur le terrain quand les marges disparaissent. Un travailleur dont le salaire a été indexé et qui perd son emploi six mois plus tard n’a pas été protégé. Il a été protégé nominalement, puis exposé réellement.
La troisième option, la faillite, n’est pas un scénario catastrophiste. Elle est la conclusion comptable d’une entreprise dont les pertes deviennent structurelles. Quand les charges fixes dépassent durablement les recettes, le dépôt de bilan n’est plus une question de volonté du dirigeant mais une obligation légale.
Ce que la CSC ne dit pas
Réclamer plus que l’index, c’est demander que les salaires augmentent encore davantage que ce que le mécanisme automatique prévoit déjà. Cela signifie que quelqu’un doit financer cet écart supplémentaire. Ce quelqu’un est soit l’employeur, soit le contribuable via une aide d’État, soit les deux.
Dans le premier cas, on revient aux trois options décrites plus haut. Dans le second, l’aide d’État prélevée sur les contribuables et les entreprises via l’impôt alourdit à son tour les charges globales de l’économie. L’argent distribué à gauche est d’abord ponctionné à droite. Ce transfert a un coût administratif, un coût d’opportunité, et il ne crée aucune richesse nouvelle.
Ce que la CSC pointe avec raison, c’est que les ménages à revenus modestes souffrent davantage d’une hausse des prix de l’énergie parce qu’elle représente une part plus grande de leur budget. C’est exact. Mais la réponse à ce problème réel n’est pas nécessairement celle qui consiste à alourdir les charges des entreprises qui les emploient.
La question que l’index ne pose pas
L’indexation automatique traite tous les secteurs de manière identique : l’entreprise florissante et celle qui survit à peine reçoivent la même injonction salariale. Le prix du travail ne reflète plus la réalité de ce que l’entreprise peut payer. Il reflète un indice statistique construit à partir d’un panier de consommation moyen.
Quand le prix d’un bien ou d’un service ne peut plus transmettre d’information sur l’état réel de celui qui doit le payer, les décisions prises sur sa base sont déconnectées de la réalité. Les entreprises qui auraient pu se maintenir à un niveau de coût légèrement inférieur ferment. Les emplois qui auraient existé n’existent pas. Personne ne les compte parce que personne ne voit ce qui n’a pas été créé.
Ce que le débat devrait inclure
Le vrai débat n’est pas entre « protéger les travailleurs » et « protéger les entreprises » : ce sont les mêmes personnes, vues d’angles différents. Un travailleur sans employeur n’a pas de salaire à indexer.
Face à une hausse des prix de l’énergie, les pistes qui n’aggravent pas le problème existent : alléger les charges fiscales et parafiscales sur le travail pour créer de la marge dans les deux sens, cibler les aides sur les ménages les plus exposés plutôt que d’augmenter mécaniquement la masse salariale de toute l’économie, et cesser de taxer l’énergie à un niveau qui amplifie les chocs extérieurs au lieu de les amortir.
Ces options sont moins visibles qu’une conférence de presse syndicale. Elles n’ont pas de date de pivot automatique. Mais elles ne font pas payer la protection des uns par la précarité des autres.